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Mise à jour : 19 août 2007

Quelques notes tirées de la conférence et du débat du 17.10.05 à propos de la votation fédérale du 27 novembre 05 sur l'initiative : "Pour des aliments produits sans manipulations génétiques"


Conférence
de Jean-Pierre Berlan directeur de recherche auprès de l'INRA, Institut National Français de Recherche Agronomique

La reproduction gratuite – une catastrophe pour la société !?
« On ne peut vendre du sable à un bédouin »
Les plantes et les animaux se reproduisent gratuitement.
On ne peut donc pas vendre à un producteur ce qu’il produit lui-même. Un semencier ne peut vendre à un paysan des semences d’une espèce qu’il cultive puisque ce produit lui fournit les grains de l’an suivant.
Afin de s’introduire dans cette chaîne de la gratuité créée par la vie et de réaliser du profit sur le vivant, la société, par le biai des firmes agro-alimentaires, a cherché à séparer la production de la reproduction.

Mystification scientifique
En fait un OGM n’est rien d’autre qu’un clone chimique breveté ! Le clonage a commencé il y a 200 ans en Angleterre, au moment de la révolution industrielle, par l’isolement, la sélection et la multiplication des plants les plus prometteurs, résistants au gel par ex. Normalement une variété est liée à la diversité. Or le terme de « variété » est utilisé dans la société actuelle pour désigner des organismes génétiquement identiques, produits par clonage. C’est un processus qui menace la biodiversité.

Propriété
La variété produite par la nature est forcément variable et ne peut être possédée. Par contre le clone qui est stable, est brevetable. Grâce aux OGM, les grandes multinationales s’approprient le monopole de la reproduction des êtres vivants. Elles prétendent agir sur des « bases scientifiques » et utilisent la mystification pour défendre leurs intérêts personnels. Une pub de Monsanto encourage les paysans à "Semer la technologie pour moissonner les profits". En fait le profit est pour la firme agro-alimentaire. Le paysan qui achète ces semences n’a plus le droit de resemer sa récolte, il est obligé de s’approvisionner auprès de la multinationale.


Débat


M. Hirschi , ancien conseiller d’Etat et président du débat,
n’est pas d’accord de voir la sélection des semences comparée à un clonage. Cette sélection a permis au siècle passé de sortir l’Europe des grandes famines. Faire ses semences soi-même, c’est la misère dans les champs.

M. Félix, représentant l’Office fédéral de l’agriculture défend le point du vue du Conseil fédéral selon lequel la loi sur le génie génétique est suffisamment restrictive. Seuls les OGM sûrs seront autorisés. L’agriculteur conserve son droit d’utiliser sa récolte comme semence.
Le moratoire serait un mauvais signal pour la recherche.

M. Hassinger, vulgarisation agricole
Les OGM qui sont actuellement sur le marché ne servent à rien. Mettre les OGM en Suisse n’est pas réalisable car on ne peut faire de limite entre les champs qui sont très proches les uns des autres. Les frais de contrôle seraient immenses. Il n’y a aucun profit. Le moratoire de 5 ans permettra de prendre du recul.

M. Kupfer, professeur UNINE, voit le moratoire comme un intégrisme anti-OGM. Il défend l’idée de « propriété intellectuelle » qui justifie le brevetage du vivant. Il estime que celui qui sème ses propres graines est conduit à la ruine.

M. Neuhaus, professeur, relève que les chercheurs publics craignent qu’on utilise le moratoire pour décourager la recherche.

M. Steudler (Bio Neuchâtel) et Mme Rouiller (Bio Suisse) disent clairement que les OGM n’ont aucun intérêt pour l’agriculture suisse.


Débat public


M. Babey

Fait remarquer que ce ne sont pas les semences sélectionnées qui ont sauvé l’Europe de la famine mais la pomme-de-terre !

Plusieurs agriculteurs
s’expriment en faveur du moratoire. Ils ont déjà trinqué avec la vache folle et ne veulent plus se faire avoir par les firmes agro-alimentaires. Ils ne font pas confiance à la Loi sur la génétique : 110 articles c’est beaucoup trop ! Ce sera inapplicable et en cas de pépin il faudra attendre 20 ans pour avoir gain de cause…

Le chimiste cantonal
regrette que la recherche se focalise entièrement sur les OGM. Il y a beaucoup d’autres domaines de recherche.

M. Berlan
Au niveau de la recherche en biologie moléculaire, les dernières découvertes ont ébranlé les convictions acquises jusqu'à aujourd'hui.
La biodiversité est productive en soi.
Il présente et commente un reportage tourné au Kenia qui montre une expérience de lutte contre les parasites du maïs avec une technique douce, sans pesticides : on entoure le champ d’herbe à éléphant, qui attire les parasites à l'extérieur et on associe une légumineuse à la culture qui, non seulement fournit de l'azote au maïs, mais exerce encore un effet répulsif sur les chenilles parasites. Technique du push-pull.
L’avenir est à ce type d’agriculture qui consiste à faire faire gratuitement à la nature le travail de lutte contre les parasites. C’est là qu’il faut orienter la recherche.

Notes de Thérèse Schwab

 

Chant pour la semence

Sous la pression des grandes firmes agro-alimentaires qui n’ont d’autre but que la majoration de leurs bénéfices, les mondes scientifiques et politiques s’unissent pour foncer tête baissée dans la voie des OGMs. D’une seule voix ils clament que la sacro-sainte recherche scientifique serait mise en péril par un moratoire sur les OGM, comme si c’était la seule voie de salut pour la recherche, le progrès de la médecine et la survie du genre humain.

Entre les protagonistes le débat est passionné. Au cœur de ce débat, il serait bon de se souvenir…

« Le Seigneur Dieu dit : Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troisième jour.
Et le 6e jour Dieu dit à l’homme créé à son image, homme et femme :
« Voici je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture… »

Ce geste divin qui crée la variété des espèces portant chacune un secret de vie,
sa caractéristique, sa forme, sa couleur, sa fonction unique dans la grande chaîne du vivant!
Ce geste divin qui confie au genre humain la vie terrestre, son fruit et sa semence !
Qui met entre nos mains humaines le trésor de vie contenu dans le fruit portant semence !
Ce trésor, à nos mains confiées
Ce trésor
Cette merveille de la vie capable de se reproduire gratuitement, à l’infini,
Entre nos mains…

A-t-il tremblé en nous le confiant ?
S’est-Il imaginé qu’oubliant la très sainte origine du vivant,
Entre nos mains,
Nous nous mettrions à le dénaturer
A le détourner du but initial :
à mettre en danger la pérennité de la vie sur terre ?

En danger si, entre nos mains,
Nous nous mettons à le trafiquer, à le dénaturer, à le transgéner
Sans égard
Uniquement par cupidité
Uniquement pour du métal sonnant
Sonnant creux dans nos mains
Sonnant creux dans nos cœurs
Sonnant le glas de l’émerveillement.

Si, oubliant la merveille de la variété du créé
Germant de ces semences crées selon leur espèce,
portant leur secret, leur rang, leur message unique et varié à l’infini…
Si perdant la mémoire de nos origines
Et le sens de l’action de grâce
Nous nous érigeons en dieux de cette semence
Fragile, unique et sainte…

Un froid glacial se lève
On tremble de froid sur cette terre
On entend monter un cri très saint très fort,
du fond de nos origines
comme un feu qui éclate tout au fond de nos coeurs :
Stop ! Ca suffit ! Arrêtez !
Créatures
réapprenons
à déchiffrer, à respecter, à célélbrer ,
humblement
merveilleusement :
le secret de la Vie.

Plutôt que manipuler le vivant, cloner le vivant et détruire sa variété,
Ouvrons nos mains à la semence que la vie nous offre gratuitement
Redécouvrons le potentiel énorme de la diversité
Faisons alliance avec la nature et laissons-lui faire
le travail de lutte contre les parasites et les mauvaises herbes,
le travail de l’enrichissement de la terre.
L’avenir est à la recherche scientifique et à l’agronomie qui s’informe du Vivant.

Thérèse Schwab