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Catégories : écologie, environnement, social
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 3 février 2010
Mise à jour : 6 mars 2010

Société de sobriété et de solidarité,
condition de survie de l’humanité

Résumé d'un article de Christian Ansperger, économiste, chercheur qualifié du FNRS (Fonds national de la recherche scientifique, Belgique) et professeur à l'Université  de Louvain publié sur le site de Trilogies .

 

Vers l'auto-limitation de la consommation et la re-localisation de la production

Sous couvert de libéralisation des échanges, l’Occident opulent a peu à peu transformé à son avantage, les canaux d’approvisionnement qui lui permettent d’«aspirer» et d’«attirer» la majorité des ressources alimentaires et énergétiques mondiales.

Vu sous l’angle des pays en développement c’est une entreprise concertée d’accaparement des moyens matériels de survie par les puissances occidentales, une compulsion rapace d’extraction, d’appropriation et de consommation des ressources vitales.      


Les enjeux les plus difficiles auxquels l’humanité va d’urgence devoir faire face sont la fin prochaine du pétrole et l’impossibilité de le remplacer de façon équivalente par les énergies renouvelables.

La fin de l’Age du Pétrole va contraindre l’humanité à retrouver et revitaliser des réseaux d’échange plus locaux. Deux dynamiques doivent se mettre en place:
L'auto-limitation de la consommation et la relocalisation de la production. Une des implications majeures et difficile sera une nécessaire «re-ruralisation des pays tant riches que pauvres, une désurbanisation et une résurgence de la paysannerie locale».

 

L’économie et les pulsions humaines
Il y a urgence de repenser, restructurer le câblage de nos cerveaux. Notre subtile biochimie humaine nous joue collectivement des tours. Notre cerveau reptilien et notre cerveau paléo-mammalien ne sont pas capables de renoncer aux pulsions d’accaparement et de sécurisation qui les structurent.* (voir les explications de ces mots dans l'encadré ci-dessous).

Le système économique planétaire que nous avons construit depuis deux siècles est, en fait, la réponse que le néocortex humain a trouvée pour permettre aux cerveaux primitifs et limbiques de perpétuer leur logique. Pour dépasser nos pulsions d’accaparement il faut que nous trouvions moyen de vivre autrement nos angoisses profondes de manque et de fragilité. Il faut une mutation profonde de notre rapport à l’existence, de notre rapport à la finitude, à la fragilité et finalement à la moralité…

Il faut donc que nous soyons prêts à refaire confiance au milieu naturel, et au dénuement matériel si les bonnes conditions sont réunies; et admettre la nécessité d’une simplification de nos modes de consommation.

Un nouveau modèle de vie est à explorer. Au chimérique bonheur de la croissance économique illimitée, se substitue alors un nouveau style de vie, basé sur la simplicité volontaire, la sobriété heureuse pratiquée dans des communautés solidaires et résilientes, qui pratiquent les échanges de proximité, favorisent la paysannerie locale.

Accepter de se déconnecter de la Grande Tuyauterie globalisée (que représente le marché mondial), c’est chercher à reconstruire des tissus locaux d’approvisionnement et de production, plus modestes et plus immédiats.

C’est aussi changer consciemment d’humanité et faire évoluer consciemment notre appareil cérébral, pour la première fois dans notre longue marche sur cette Terre. Avant tout renoncer à une certaine idée que nous nous faisons de notre droit inconditionnel à l’importation/exportation massive.

L’enjeu de base de la souveraineté alimentaire et énergétique est proprement spirituel.

Il s’agit donc:

- d’apprendre à vivre nos angoisses profondes de manque et de fragilité à contre-courant du capitalisme mondialisé,
- de consentir à la fabrication consciente de communautés locales solidaires et résilientes, admettre la nécessité d’une simplification de nos modes de consommation.

Tout cela requiert de très profonds changements individuels et collectifs, éthiques et politiques. Sans une mutation tout aussi profonde de notre rapport à l’existence, nous ne parviendrons pas à «convertir» notre néocortex, à le déconnecter des couches reptiliennes et mammaliennes de nos cerveaux, et à en faire un outil pour dépasser l’accaparement. 

*)
Le cerveau reptilien - dit aussi cerveau primitif, archaïque et primaire aurait environ 400 millions d'années. Il remonterait à l'époque où des poissons sortent de l'eau et deviennent batraciens.
Le cerveau paléo-mammalien ou limbique, serait notre 2e cerveau; il apparut il y a 65 millions d'années avec les premiers mammifères. Il est à l'origine de notre système limbique dévolu aux principaux comportements instinctifs et à la mémoire. Il permet les émotions et déclenche les réactions d'alarmes du stress.
Le cerveau «humain» proprement dit - néo-mammalien ou néocortex - serait le résultat de la 3e et dernière phase de l'évolution de notre cerveau. Il n'aurait que 3.6 millions d'années, date d'apparition des Australopithèques africains qui avaient la particularité d'être bipèdes, ce qui implique un développement accru du cerveau. Il permet notamment le raisonnement logique et le langage, l'anticipation des actes.