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Mise à jour : 6 juin 2008


Alors que Noël tourne nos cœurs vers cette terre de Palestine assoiffée de paix, voici le récit de Sumaya Farhat-Naser, palestinienne et combattante pacifiste, qui enseigne à l'Université de Bir Zeit, et s'engage dans un travail pour la paix avec des femmes israéliennes et palestiniennes. Ce livre raconte la difficile approche de ces femmes qui apprennent à se connaître, à surmonter la méfiance et les malentendus, et peu à peu, alors que de part et d'autre la situation se tend, osent se parler franchement.

 

 

Pour les lecteurs du site, nous diffusons ci-dessous un extrait d’une lettre de Sumaya qui vient de nous parvenir et raconte la suite de son combat.

Septembre 2006

Chers amis,

[...]
Les derniers mois ont été très durs sur le plan politique et social. C’est si dur qu’il est douloureux d’en parler. Je me concentre dans cette lettre sur mon travail et mes expériences avec les femmes et les jeunes, simplement pour ménager mes forces et cultiver l’espoir.
Mon activité avec les femmes et les jeunes a été et reste un temps fort. Je pourrais animer des séminaires chaque jour à un autre endroit. Les gens les trouvent importants et les réclament. Avec le prêtre catholique, j’ai mis en route un programme pour les fiancés. Personne ne croyait que cela marcherait. Certains étaient timides, d’autres avaient honte de parler, car on n’est pas habitué à une telle démarche, d’autres encore pensaient déjà tout savoir. Nous avons animé six séminaires avec 22 couples. Ce fut grandiose : ils ont émis le désir de poursuivre ces séminaires après leur mariage. C’est ce que je vis de plus beau en ce moment et je vais continuer à travailler avec de jeunes couples. Des musulmans aussi y sont intéressés et c’est exactement ce que nous voulons : susciter une nouvelle génération qui endosse ensemble responsabilités et message d’avenir. Je voulais partager avec vous ma joie; de telles expériences font aussi partie de notre vie et en prendre conscience aide à porter ce qui est difficile.

A Birzeit, les réunions de jeunes filles et de femmes dans un appartement loué à cet effet se passent très bien; l’endroit devient un point de rencontre pour elles. Entretiens, conseils, possibilités d’apprentissage et d’échange favorisent les contacts et l’initiative personnelle. Elles s’y sentent protégées et en confiance, partie prenante du projet; elles participent aux activités communautaires et saisissent la chance de se former et de se cultiver.
Entre-temps, nous avons organisé deux cours d’informatique. Quatre ordinateurs sont à disposition pour s’exercer. Celles qui suivent un séminaire y ont accès chaque jour. Sous la direction de trois étudiantes, elles se familiarisent avec cet outil et se connectent à internet, ce qui leur permet de rester en contact permanent avec leurs familles à l’étranger. Leur joie est très grande, en particulier lorsqu’elles découvrent qu’elles sont capables d’apprendre et qu’elles se sentent reliées au monde d’aujourd’hui. Beaucoup d’écolières utilisent internet pour leurs devoirs et ne peuvent avoir un accès gratuit qu’ici. Toutes ont donc la possibilité d’y accéder, même celles qui ont très peu d’argent.

Outre les deux groupes de femmes et les deux groupes de jeunes filles à Birzeit et environs, nous avons pu créer un nouveau groupe de femmes dans le village de Deir Ibsi’ près de Ramallah. Ce groupe avait fait une demande d’aide au Global Fund for Women aux Etats-Unis. On m’a demandé de m’occuper de ce groupe. Lorsque je leur ai rendu visite, j’ai trouvé 30 femmes qui attendaient avec impatience que quelqu’un les écoute et les aide à créer une association féminine. Je me suis sentie concernée et nous avons tenu 12 séminaires en trois mois. Deux de ses femmes venaient d’être nommées au conseil municipal et avaient d’urgence besoin de conseils et d’exercice pour mener à bien leur tâche.
Nos séminaires ont été conçus de manière à ce que toutes les participantes apprennent d’abord la communication non violente et le dialogue, ce qui les fortifie intérieurement. Nous leur apprenons ensuite comment présenter un thème important pour le village et créer un lobby en sa faveur. Le groupe tout entier est devenu un lobby pour les deux élues, participant à leur réflexion et les soutenant dans leurs responsabilités. Nous créons une culture de la paix. Nous discutons intensément de questions politiques, sociales et religieuses et examinons souvent notre tradition et nos coutumes à la loupe. Ce qui est bon, nous nous y tenons, et ce qui nous porte préjudice, nous tentons, prudemment mais fermement, de le changer.
Cette organisation féminine est maintenant officiellement enregistrée et toutes les femmes amènent leurs filles. Elles ont pris l’initiative de cultiver des champs avec du blé, d’autres avec des légumes, pour contribuer financièrement à la construction d’un laboratoire pour l’école. A la suite de notre séminaire sur la nutrition et l’environnement, elles ont transformé le kiosque scolaire; elles en ont retiré les denrées contenant des colorants et les sucreries et réintroduit le «sandwich de chez soi». A la place du Coca et du Sprite, il n’y a plus que de l’eau et des limonades maison. C’est une très belle expérience et je suis touchée et réconfortée par la force et la volonté de ces femmes.

[...]

Je me bats pour obtenir l’autorisation d’entrer à Jérusalem. Mes séminaires d’éducation à la paix pourraient ainsi démarrer là-bas aussi et le voyage jusqu’à Talitha Kumi par Jérusalem me ferait gagner au moins trois heures. Ce serait magnifique.

J’aimerais remercier chaleureusement tous ceux et celles qui soutiennent ce travail. Sans votre aide et votre accompagnement, beaucoup de choses ne seraient pas possibles.

Sumaya Farhat-Naser

 

Téléphone et fax : 00972 2 28 10 919
e-mail : sumaya(at)palnet.com


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Traduction: Rose-Marie Gallay

Information transmise par Simone et Maurice Reymond