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Mise à jour : 19 août 2007

Article faisant suite à celui du 12.12.05

Monde sans âme

Les ONG suisses sont déçues de la conférence ministérielle de l’OMC en décembre à Hongkong. Les Etats-membres ont accepté une déclaration ministérielle qui présente peu d’avancée vers un authentique « cycle du développement ». Contrairement au conseiller fédéral Joseph Deiss, très satisfait du résultat, les ONG suisses présentes, dont Alliance Sud, sont inquiètes pour la suite des négociations.

L’Organisation mondiale du commerce peut-elle sérieusement prendre en compte les questions de développement ? Après trois jours dans les froides entrailles de la conférence ministérielle de Hongkong, on peut sérieusement en douter. La seule perspective qui vaille est celle, étriquée, des intérêts propres et à court terme ; la seule loi celle, impitoyable, du donnant-donnant. Tout ici n’est que calculs politiques, double langage et jeux de pouvoir. La Suisse, dirigée par le conseiller fédéral Joseph Deiss, n’échappe pas à la règle. Pas question de faire un geste – même symbolique sans garantie d’une contrepartie, ni de prendre le risque de froisser ses principaux partenaires commerciaux. Dans une des fameuses « chambres vertes » (greens rooms), où une poignée d’Etats négocient à huis clos, la Suisse a été le seul pays, avec l’Union européenne, a refusé de fixer une date (2010) pour la suppression des subventions à l’exportation, pourtant l’un des pires fléaux pour les pays du Sud. Sur la question du coton, où les producteurs africains sont en train de se faire moucher par les Américains, on attendait un peu plus d’engagement politique ; or, nenni ! Et quand on demande à la Suisse si elle est prête à soutenir la demande des pays pauvres de pouvoir protéger certains produits nécessaires à leur sécurité alimentaire, la réponse cingle : « Oui, à condition qu’ils soutiennent les produits sensibles pour nous. » Comme si le riz, aliment de base, avait pour l’Indonésie la même valeur que le bœuf pour la Suisse ! Face à de telles attitudes, on finirait par devenir aussi amer et cynique que les négociateurs helvétiques.

Michel Egger
Coordinateur de la politique de développement à Alliance Sud