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Catégories : spiritualité
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 22 août 2008
Mise à jour : 5 octobre 2008

Appartenance

L’autre jour, en marchant, dans la forêt, mes pieds martelant le sol, l’air frais balayant mon visage, a éveillé en moi la sensation puissante et familière de revenir à une source. Mes préoccupations étaient comme envolées et je me sentais revivre.
Tout en avançant, je suivais mes pensées et je me disais: «C’est étonnant, malgré tout le bien-être et le confort que la société nous prodigue, nous sommes une société de gens dépressifs et anxieux».* Nous vivons comme des exilés, entraînés loin de notre terre nourricière par les pouvoirs économiques qui dominent le secteur agro-alimentaire, comme pris en otage par un système qui n’a pas pour premier but de nous nourrir mais de faire du profit. Ce pouvoir me fait penser à la sorcière de Hänsel et Gretel, qui cherchait à gaver l’enfant prisonnier pour pouvoir le dévorer ensuite.

Notre nourriture ne se fait pas dans les banques, ni sur les rayons du super-marché. Nous sommes enfants de la terre et nous avons besoin de sa proximité pour être en bonne santé, avoir de l’énergie, du courage, des projets de vie!

Notre appartenance au réseau solitarité est un puissant moteur pour nous réapproprier notre statut de citoyens du monde. En rétablissant le lien avec les gens qui travaillent la terre, en privilégiant les produits bio, les produits du commerce équitable, la mobilité douce, nous nous réapproprions notre liberté et notre pouvoir personnel. Nous participons au monde alternatif qui émerge par mille petites pousses à travers le béton du pouvoir dominant.

Poursuivant ma réflexion et ma marche, j'arrive devant une clôture (j'aime marcher à travers champs et je trouve qu'il y a bien trop de fils barbelés à franchir). A contre-cœur, je me baisse en veillant à ne pas déchirer mes vêtements. Comme le fil est très bas, je suis obligée de me coucher dans l'herbe pour passer dessous. La bonne sensation de la douceur de l'herbe et de la solidité du sol me saisit. Je vois la couronne des arbres qui se détachent avec une netteté incroyable sur le fond de l'espace bleu à l'infini. Je retrouve le ravissement que j'ai éprouvé, enfant, dans de telles situations: être portée et prise dans les bras avec infiniment de tendresse, à la fois embrassée, environnée d’amour et entièrement libre: c’est ainsi que j'éprouve l'amour de la terre. Elle, la mère de toutes les créatures. En me découvrant enfant de la terre, je me découvre du même coup enfant du ciel, partie prenant de la longue histoire de l’humanité. Et vivent les fils barbelés!

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*«Voici mon extraordinaire expérience: en 1993, après 22 ans passés dans les bidonvilles du Caire où la joie de vivre court de cabane en cabane, je rentre en France.
Choc terrible: la morosité court de demeure en demeure, on ne se regarde pas, on ne se parle pas, on ne se connaît pas. Pendant ce temps, la joie chante là où l’on vit sans eau, sans électricité, sans loisirs, mais dans la fraternité quotidienne.»  Sœur Emmanuelle.