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Catégories : environnement, spiritualité, politique
Rédacteurs :
Sylvie Perrin Amstutz
Publication : 7 mars 2011
Mise à jour : 4 juillet 2011

L'allégorie de la grenouille

Le vent de liberté qui souffle sur les pays nord-africains nous fait mesurer la puissance et le potentiel de changement qui peuvent naître par l’indignation d’une poignée d’hommes et de femmes, capable de faire vaciller les oppresseurs par les opprimés.

L'indignation c'est le courage d'affronter l'inconnu.
La colère n’est pas l’indignation, elle est plus impulsive et volatile, elle permet une décharge émotionnelle qui soulage momentanément mais n’accomplit pas la justice. L’indignation s’ancre plus profondément et résulte d’un sentiment permanent ressenti face à des situations d’injustice, d’humiliation et de non-droit.

Il  y a 2800 ans déjà, Moïse fut interpellé par l’Eternel dans le désert; sa mission: demander la libération de 600'000 Hébreux au plus grand des rois de l'époque ! Moïse, prince devenu berger, se présentera seul (mais assisté de la puissance de Celui qui l'envoie) devant Pharaon pour faire entendre ce qui est folie aux yeux des Hommes. L'histoire nous le rappelle ces jours-ci, quand le temps de la rupture et du changement est là, même les plus puissants vacillent et cèdent. Après 430 ans d’esclavagisme le peuple d'Israël retrouve sa liberté. Mais voici qu’à peine délivrés des voix s’élèvent déjà, certains Hébreux préfèrent les tourments de l’Egypte (acceptation, résignation, soumission) aux épreuves de l’affranchissement de «la sécurité» vécu sous l’aile de Pharaon. Il s’agit maintenant de réapprendre la confiance dans le chemin de l’inconnu et l’hostilité du désert, de tourner son regard chaque jour vers Celui qui pourvoit. Et aussi de se réapproprier sa vocation afin de devenir peu à peu auteur de sa vie.


Un geste minime aux conséquences immenses

En parlant de la résistance non-violente dans ses «Combats pour la liberté» (1958), Marin Luther King écrit: «Les opprimés réagissent de trois façons différentes à l'oppression.

  • La première est l'acceptation; ils se résignent à leur sort. Tacitement, ils s'adaptent à leur situation, et par là-même, finissent par y être conditionnés.
  • La seconde attitude consiste à réagir par la violence physique et la haine.
  • La troisième voie ouverte aux peuples opprimés est celle de la résistance non-violente. Le résistant non-violent est souvent forcé de s'exprimer par le refus de coopérer ou les boycotts».

En 1955, en Alabama, Rosa Parks refuse de céder sa place à une personne de couleur blanche. Elle est alors condamnée par la justice américaine. Cette injustice, qui peu paraître minime au vu des humiliations subies par la communauté noire d’Amérique à cette époque va être le déclencheur d’un mouvement de boycott des bus de Montgomery, mené par Martin Luther King, leader du mouvement pour les droits civiques. A l’intérieur les Blancs assis, à l’extérieur les Noirs qui marchent, sans faiblir malgré l’arrestation de King durant cette campagne. Leur détermination aura le dernier mot puisque la Cour Suprême des Etats-Unis déclarera, après 382 jours de résistance non-violente, illégale la ségrégation dans les autobus, restaurants, écoles et autres lieux publics. La condamnation de Rosa Parks fut annulée et la visibilité de cette mobilisation retentira au-delà des frontières.

S’indigner dans la non-violence serait-ce avoir un cœur qui se laisse émouvoir et atteindre par ce qui doit changer et traduire en actes ce que les paroles ont dénoncé?

Au centre de la doctrine de la non-violence, il y a le principe d'amour. Ne pas haïr ceux qui incarnent l’injustice mais combattre les systèmes et les structures qui l’autorisent et la développent.


En Suisse, pas de motifs d'indignation?

Le danger guette, dans les pays occidentaux et encore davantage en Suisse, de nous croire absolument libres, à l’abri de l’oppression, sans motifs réels d’indignation. De nos jours l’oppresseur n’est pas un pays voisin mais bel et bien un système régi par la logique du manque. L’ennemi à abattre n’est pas le requérant nord-africain mais une idéologie tenace et lancinante qui réussi à nous faire croire «au travailler plus, gagner plus, dépenser plus» qui appauvrit notre rapport «au lien» avec les autres et épuise drastiquement notre espace naturel vital et ses ressources.


Main basse sur les semences

Que penser du rachat par dix multinationales de plus de 85% du marché mondial des semences, qui s’approprient et brevètent les nouvelles espèces hybrides et interdisent, via un catalogue européen, la culture et la transmission des graines des anciennes variétés de légumes et de fruits?

Pendant des milliers d’années, la sélection des plantes a été l’apanage des familles paysannes. Ce véritable grenier pour l’humanité, qui a été soigneusement conservé et transmis de générations en générations passe désormais aux mains des multinationales qui menacent l’entier de cette diversité. On nous fait donc croire que pour le bien de tous un paysan européen doit cultiver les espèces du catalogue -défini par des parlementaires- et renoncer à la diversité des espèces que ses ancêtres lui ont transmis. Pire, si ce paysan renonce aux semences hybrides «F1» (voir vidéo) du dit catalogue pour préférer ses semences indigènes il devient hors-la-loi et amendable. La Suisse a encore le libre choix de l’approvisionnement pour ses cultures, cependant les négociations bilatérales III à venir amèneront certainement notre pays à devoir adhérer à ce catalogue, de ce que l’on peut appeler: l’esclavagisme du IIe millénaire


L'allégorie de la grenouille

Ne plus avoir le choix sans en avoir l’air ou sans le savoir, cela s’appelle l’allégorie de la grenouille ! Il s’agit d’une expérience accomplie en 1882 dans une université américaine qui a montré qu'une grenouille placée dans de l'eau froide, portée doucement à ébullition subissait un effet progressif d’engourdissement jusqu'à être ébouillantée sans qu’elle s’en rende compte. Cet exemple illustre un phénomène d'accoutumance progressive conduisant à ne pas réagir à une situation grave. La croyance affirme que si l'on plongeait une grenouille dans de l'eau chaude, d'un bond elle s'en échapperait.


Sauter hors du bocal

L’Homme du 21e siècle s’accommode d’être nourri par d’autres tout en perdant sa souveraineté alimentaire et tolérant que les paysans qui cultivent pour lui soient contraints maintenant d’acheter des semences qui étaient autrefois les siennes !

Ne ressemblons-nous pas parfois à ces Hébreux, qui se sont accommodés tant bien que mal de leur situation, en maudissant d’une main le maître qui exploite et tendant l’autre pour recevoir au goutte à goutte les avantages de leur dépendance. Pharaon pourvoit matériellement mais appauvrit le peuple en le privant de son lien à la terre, de ses racines, de sa vie communautaire, de sa culture qui ne se transmettent plus d’une génération à l’autre?

Je me pose alors cette question: en quoi ma vie contribue-t-elle à façonner un monde meilleur?  S’agirait-il de rester actif de cœur et d’esprit pour que notre lumière et notre conscience ne soient pas cachés sous le boisseau mais qu’elles éclairent autour de nous afin que nous soyons en mesure d’habiter le temps autrement, sortir du capitalisme pour naître à d’autres liens entre les Hommes, redonner au sacré la place qui est la sienne, s’engager dans une économie sociale et solidaire et par dessus tout se mobiliser sans faiblir pour qu’il y ait une rupture, une autre manière d’envisager le vivre ensemble.


Pour aller plus loin:

  • www.prospecierara.ch est une fondation suisse pour la diversité patrimoniale et génétique liée aux végétaux et aux animaux;
  • www.sativa-rheinau.ch propose des semences sélectionnées de manière biologique;
  • www.biosem.ch agit en faveur de la préservation de «l'artisanat» du grainetier et pour que ce patrimoine puisse être transmis aux générations futures;
  • www.kokopelli-suisse.com propose aux jardiniers amateurs plus de 2'000 variétés de semences de plantes et variétés potagères à cultiver et préserver de la disparition.