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Catégories : écologie, spiritualité
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 27 septembre 2009
Mise à jour : 13 février 2012

Vers une écospiritualité (1)

«Unir écologie intérieure et écologie extérieure»

Extraits de la Conférence de Michel Maxime Egger*, Carême 2009, Grandchamp (NE) retranscrits par Thérèse Schwab.

«L’humanité approche d’un point vertigineux où elle aura à faire un choix radical entre la métastrophe et la catastrophe» Jean Guitton.

En effet, la planète est en péril: épuisement des ressources, réchauffement du climat, accumulation des déchets, perte de la biodiversité, crise économique font un même tout.

L’humanité est à un carrefour, elle est en crise. La crise c’est un moment où nous avons rendez-vous avec nous-mêmes. Le mot crise veut dire jugement, moment du choix. Choix que nous pouvons recevoir comme une offre de Dieu lui-même: «J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie, afin que vous viviez, toi et ta postérité.» (Ex. 30.19)


1. Triangle de l’impuissance ou cercle de la foi ?

Les défis sont si immenses et complexes que très souvent ce qui nous gagne c’est un sentiment d’impuissance. On peut être tenté de se résigner et d’avoir un comportement de fuite en avant qui peut être représenté comme un triangle avec trois pôles: impuissance - résignation - fuite en avant

A ce triangle on peut opposer
 le cercle: foi - lucidité - espérance

La lucidité veut qu’on essaie de faire la lumière, ce qui peut nous confronter à des choses très noires qui risquent, à nouveau, de nous plonger dans le découragement. C’est pourquoi il y a le deuxième pôle qui est l’espérance. Qu’est-ce que l’espérance? Elle n’est pas à confondre avec l’espoir. L’espérance c’est un accomplissement intérieur qui a à voir avec l’œuvre de l’Esprit-Saint en nous. L’espoir est extérieur, comme l’optimisme (un «ça va s’arranger» impersonnel). L’espérance est quelque chose de personnel qui vient de l’intérieur, et qui nous pousse à agir.

2. Niveaux d’action

Vu l’immensité et la complexité des défis, il est nécessaire d’agir à trois niveaux:

1° au plan politique; p.ex:
- Normes en faveur du climat (Copenhague en déc.09)
- Législation : loi sur le CO2
- Chartes éthiques en faveur d’un développement durable

2° au plan pratique; p.ex:
- Promotion des énergies vertes, renouvelables et
- Tout ce qu’on peut faire au quotidien (consommation, transports, etc.)

3° au plan de la conscience; p.ex:
- Revoir, questionner notre vision du monde, nos paradigmes et
- Opérer une profonde mutation intérieure.

C’est dans la conscience humaine que se situent les racines profondes des causes et des solutions de la crise écologique. C’est dans la descente vers les profondeurs que s’ouvre une action qui a des effets réels.

3. Racine structurelle des crises écologiques

Le paradigme qui domine actuellement le monde est une sorte de vampire structurel qui suce le sang de la planète à travers les pouvoirs économiques. Par notre mode d’être et nos comportements, nous participons à des degrés variables à ce vampirisme. Il s’agit de prendre conscience de tout ce qui, en nous, fait que nous participons à ces relations disharmonieuses avec la création.


D’où vient notre vision du monde actuel? Nous vivons depuis quatre siècles, depuis la fin du Moyen Age, dans la modernité, marquée au départ par des figures comme Descartes, Newton, Galilée, etc. , et par les éléments suivants: le rationalisme, le dualisme, la volonté de puissance.

• Le rationalisme
Avec le «je pense donc je suis» de Descartes, «être» s’est réduit à penser rationnellement. On isole la raison du cœur et du corps, et en même temps on se coupe de la nature, on la réduit à une chose, elle devient objet d’investigation. L’être humain est coupé de lui-même, coupé de la nature. La tête joue un rôle dominant.

Pourquoi les mesures urgentes pour rétablir l’équilibre sont-elles si lentes à se mettre en place? Nous sommes aujourd’hui surinformés sur l’état de la planète. En même temps il y a un hiatus avec les mesures qui s’imposent, au plan personnel et collectif. Pourquoi? Parce que:

  • nous ne croyons pas à ce que nous savons;
  • notre savoir reste dans le mental, l’information n’arrive pas à descendre dans le cœur;
  • nous sommes tissés d’habitudes et nous nous y accrochons jusqu’à ce que les événements nous confrontent à l’obligation de changer.


• Le dualisme
A la vision ternaire de l’être humain (corps, âme, esprit), le rationalisme oppose une vision binaire (corps, âme). Ainsi l’esprit, la faculté mystique disparaît, celle qui nous rend capables de percevoir le divin.

La rupture s’opère aussi entre l’homme et la nature, puisque son idéal est de s’émanciper des contraintes de la nature en la dominant.

Le remède à la crise est dans une anthropologie ternaire qui réunit corps, âme et esprit et qui nous ouvre à nouveau à la capacité de percevoir le mystère.

• L'idéal et la volonté de toute-puissance
Le siècle des Lumières a produit l’avènement de la société marchande avec la révolution industrielle et la prodigieuse invention des technologies. Trois principes: argent, technologies et consommation ont pris le dessus, et sont devenus délirants.

Nous sommes des êtres de désir puisque nous sommes à l’image de Dieu (désir d’absolu, de beau, de Dieu) et nous sommes par essence des êtres de finitude, mortels. Nous essayons d’échapper à notre finitude au moyen de l’argent, des technologies et de la consommation dans le but de repousser toujours plus loin les limites.

4. Désenchantement du monde, de la création, de la nature

Nous sommes devenus otages et participants d’une gigantesque machine réductionniste:

  • le réel est réduit à ce qui est visible;
  • le visible est réduit à ce qui est matériel;
  • le matériel est réduit à l’économique;
  • l'économique est réduit au financier.

La nature devient ainsi une marchandise, composée de paquets de gènes manipulables, au service du mythe de la croissance infinie. Le but premier et dernier est de nourrir la machine économique.

Et nous sommes pris au piège d’un monde désenchanté. Un monde qui ne chante plus, qui n’a plus de rythme, de jour et de nuit. Nous sommes dans le développement linéaire du «toujours plus» et qui finit par s’asphyxier lui-même et asphyxier les humains. Mais on se heurte à un moment donné  aux limites.

«Voici venu le temps du monde fini» (A. Jaccard).

5. L'empreinte écologique

Si tous les habitants de la planète vivaient comme les Américains, il faudrait 6.8 planètes pour subvenir à tous les besoins (Européens: 3.4; Chinois: 0,55; Africains, 0,45; ces chiffres datent de 5 ans et ont donc évolués depuis).

Le mode de vie des nations riches n’est pas durable et profondément injuste: il n’est pas accessible à tous les habitants de la planète, et en plus, par notre consommation, nous hypothéquons l'avenir de nos enfants.

«Il y a assez de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais il n’y en pas assez pour répondre aux convoitises et désirs de possession de chacun» Gandhi.

6. Le mode de connaissance

Pour faire face à la crise écologique, il est essentiel de travailler à une mutation personnelle et collective.

«Aujourd’hui la bataille principale se mène sur le plan de l’Esprit» (Edgar Morin).

Il faut sortir du rationalisme et aller vers un autre mode de connaissance, plus intégral, qui va mobiliser toutes les dimensions de notre être, qui va dans le sens d’une réunification entre notre esprit, notre âme et notre corps. Il va falloir travailler à réveiller et cultiver la faculté de percevoir le divin au cœur du réel.

Ce mode de connaissance intégral est un mode intuitif, direct, immédiat, par illumination en quelque sorte. Il nous permet d’aller au-delà des apparences, retrouver l’unité et l’interdépendance du créé. La nature n’est pas mise en-dehors de nous. La nature participe de notre être. C’est le mode de connaissance qui se manifeste sur le Mont Thabor à la Transfiguration: le Christ se laisse voir dans sa réalité lumineuse. Ce n’est pas le Christ qui change d’aspect. C’est le regard des disciples qui change; ils le voient tel qu’il est. Nous sommes tous appelés à entrer dans ce mode de connaissance, à entrer dans la perception d’une unité entre le monde visible et son origine invisible. C’est là que la prière joue un rôle. Elle nous permet d’éveiller la faculté qui permet de déboucher sur une nouvelle perception de la nature.

 

La 2e partie de la conférence est consacrée à la réunification entre notre esprit, notre âme et notre corps, à la perception du divin au cœur du réel, à la place de l'homme, microcosme dans le macrocosme, et à la vision d'un monde qui va vers son accomplissement.

Nous remercions Michel Maxime Egger pour la relecture de ce texte et son accord à sa publication.