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Catégories : environnement, spiritualité
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 11 septembre 2008
Mise à jour : 15 juin 2010

Faire le plein - énergies pour la vie

Reprise de quelques idées-force d’un article d'Otto Schaefer*

Crise de l’énergie

Face à l'épuisement des ressources énergétiques, nous sommes décontenancés. Ce qui nous paraissait devoir aller de soi en matière de consommation et de croissance ne fonctionne plus. Le passage vers une nouvelle ère énergétique est difficile et représente une épreuve, un deuil collectif.

Le deuil est une expérience humaine fondamentale. Lorsqu’un changement nous est imposé et qu’une perte nous atteint au plus profond de nous-mêmes, le travail de deuil nous met au défi d’aller au-delà de l’impasse que semble être la mort. Le deuil est douloureux mais en même temps libérateur car il débouche sur un nouvel horizon. Quand nous avons traversé l’épreuve, la vie est à nouveau devant nous, la page est tournée, une nouvelle étape commence.
 
Or, la crise que nous traversons suite à l’épuisement des ressources énergétiques peut être assimilée à une épreuve collective qui implique un deuil collectif. Face à la menace du manque, notre style de vie est mis en question. Personne n’échappe à cette réalité. Ce deuil demande du temps car, malgré les évidences  de la diminution accélérée des réserves de pétrole, et malgré nos principes éthiques généraux, nous sommes lents à agir. Notre manière de consommer s’inscrit dans une longue habitude qu’il nous est impossible de changer d’un jour à l’autre. Nous sommes confrontés à nos incohérences personnelles: «Je ne comprends pas ce que je fais. Ce que je veux, je ne le pratique pas, mais ce que je hais, voilà ce que je fais…» (Romains 7,15).

Comme le deuil individuel, le deuil collectif comporte différents stades

- Dans le stade du déni nous disons: «Non, il n’y a pas à s’inquiéter, il y a encore du pétrole pour longtemps, l’ingéniosité humaine réussira toujours à en extraire». «Non, les changements climatiques ne sont pas si graves; il y en a toujours eu et nous saurons parfaitement nous y adapter».

- Puis vient la négociation et le marchandage: Face aux signes répétitifs de l'épuisement des ressources et de l'altération du climat, nous commençons à admettre qu'il faut diminuer la consommation d'énergie et les émissions de CO2 – mais nous repoussons l’échéance: «c’est pour 2150 et non pour 2050 !».
Or, les scientifiques observent que nous approchons rapidement d’un point de non-retour, notamment en ce qui concerne l’ampleur des changements climatiques vers la fin du XXIe siècle.
L’empreinte écologique de la Suisse est trois fois supérieure à sa biocapacité; seule la société à 2000 Watts garantit le développement durable et l’équité envers les générations présentes et futures. L’ère des énergies renouvelables et de la diminution de la consommation est arrivée.

- Alors c’est la dépression: Incapables de nous adapter, nous tombons dans un fatalisme noir: «Il n’y a plus rien à faire. La  fin d’un monde est la fin du monde. Les îles désormais inhabitables dans le Pacifique ne font que précéder la dégradation généralisée de la Terre habitée. Les catastrophes s’abattront sur nous quoi que nous tentions. L’humanité est perdue, il n’y a aucun espoir».

C’est à ce point que se manifeste l’effet libérateur du deuil. Dépassant le déni, la révolte, le marchandage et la dépression, nous sommes libres intérieurement pour une nouvelle étape. Nous retrouvons notre place de créature finie face au Créateur infini.

Avènement d’une spiritualité du délestage

C’est alors qu’une réflexion éthique sereine peut nous aider à trouver de nouveaux repères.
Des projets étonnants voient le jour: un exemple bien connu est celui du Solar Impulse de Bertrand Piccard, comme celui de son voyage en ballon autour de la Terre. A l’arrière-fond de cette aventure, se trouve ce qu’on pourrait appeler une «spiritualité du délestage». Le propre de l’aérostier est de s’alléger pour trouver les courants favorables et se laisser propulser plus loin. L’expérience de Bertrand Piccard, ambassadeur des énergies renouvelables, est symboliquement parlante et peut nous servir de modèle pour changer de cap et entrer dans une nouvelle ère énergétique.**
Si nous nous délestons du poids de nos habitudes et renonçons au rêve de croissance illimitée, nous pourrons, comme le ballon, atteindre des courants porteurs qui nous emmèneront plus loin. Ce passage de délestage peut devenir une expérience de résurrection. Une expérience de la vie qui jaillit au cœur de la mort. 

 

*Otto SCHAEFER (otto.schaefer@sek-feps.ch)
publié dans oeku Eglise et environnement : «Faire le plein – énergies pour la vie» (Un Temps pour la Création 07), Berne 2007, p. 12-13. Voir les sites www.oeku.ch et www.sek-feps.ch

 

**Qu'avez-vous appris sur vous-même lors de vos voyages?
Que la vie est comme un vol en ballon. Nous sommes souvent poussés par les événements dans de mauvaises directions. Il faut alors apprendre à changer d'altitude, psychologiquement, philosophiquement et spirituellement, pour trouver de meilleurs courants, d'autres idées, d'autres influences, d'autres solutions, qui nous permettront de trouver une trajectoire plus favorable. Mais pour cela, il faut apprendre à jeter par-dessus bord le lest de nos certitudes, convictions et autres dogmes (interview publié dans Migros Magazine du 26.02.07). Voir aussi le site largeur.com