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Catégories : écologie, spiritualité
Rédacteurs :
Jean-Claude Schwab
Mise à jour : 15 juin 2010

Lorsque nous commençons à ouvrir les yeux sur les mécanismes qui mènent le monde et à nous engager en faveur de la justice, nous sommes tentés d’entrer dans une mentalité manichéenne: c’est l’autre qui est l’exploiteur, l’oppresseur, le profiteur, et moi je suis du côté des redresseurs de torts. Mais: «Malheur à celui qui veut transformer le monde, il finira sa vie dans l’amertume».

Personne ne peut améliorer durablement les relations sur le plan planétaire, œuvrer pour la paix et le respect de la création s’il est incapable de changer ses relations interpersonnelles et ses pratiques quotidiennes.

Transformation de soi et transformation du monde

Résumé d’un article de Michel Egger dans la revue «De chair et de souffle» no 1/2006


Crise et changement en cours

La crise majeure que nous vivons est ambivalente:

  • elle suscite des immenses inégalités économiques, crée un sentiment d’insécurité;
  • elle offre des chances et des occasions à saisir: partage des savoirs, progrès de la médecine, mouvements sociaux.

«Le chaos actuel porte en lui une possibilité de genèse d’un monde nouveau, mais tout autant une possibilité de destruction et de régression».

Edgar Morin

Un monde désenchanté

Les problèmes ont de multiples dimensions - économique, politique, sociale, éthique, psychologique, juridique etc.; mais la dimension la plus profonde – spirituelle – qui est la plus essentielle est souvent oubliée. La vision du monde rationaliste, individualiste et utilitariste qui s’est développée en Occident à partir de la fin du Moyen-Age exile Dieu dans une hauteur inaccessible et le situe à l’extérieur de l’être humain et de son environnement.

Le capitalisme réduit le réel au visible, le visible au matériel, le matériel à l’économique. Tout ce qu’il touche (économie, politique, eau, santé, éducation) se transforme en « objet », en «marchandise» mesurable, consommable, privatisable, commercialisable et manipulable. L’économie devient une fin en soi et soumet toutes les activités humaines à la rentabilité, la compétitivité et l’esprit de conquête.

Il en ressort un monde désenchanté, un monde qui ne chante plus, qui n’a plus d’intériorité, ni de rythme, de souffle, de cadence, de respiration. Le rêve d’expansion continue et de croissance nous amène tout droit à l’entropie et à l’asphyxie.

Entrer dans la chambre du cœur

A cause de tout ce qui, au plus profond de notre être, nous sépare de Dieu (1): il n’y a plus de place, en notre cœur, pour l’action de l’Esprit saint et l’habitation du Christ. C’est ainsi que nous devenons vulnérables à l’influence des forces cachées démoniaques qui cherchent à gouverner le monde.

Les problèmes liés à la mondialisation ne sont pas seulement en face et à l’extérieur de moi, mais aussi en moi.

«Je ne crois pas que nous puissions corriger quoi que ce soit au monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous»

Etty Hillesum

 

En effet les «ennemis» ne sont pas seulement extérieurs (2) mais ils sont aussi intérieurs (3). Le découvrir suppose un vrai travail de connaissance de soi, qu’on ne peut réaliser qu’avec la lumière de l’Esprit saint. Car, en effet, comment peut-on prétendre améliorer durablement les relations sur le plan planétaire, œuvrer pour la paix et le respect de la création si nous sommes incapables de changer nos relations interpersonnelles et nos pratiques quotidiennes en nous libérant des comportements de prédation - domination de notre ego?

Tant qu’on n’abordera pas les grandes questions à partir de cet angle-là, tout ce que l’on pourra dire ou faire, critiquer, dénoncer ou proposer sera d’une portée réduite. C’est sans doute la principale limite du mouvement altermondialiste et de toutes les quêtes collectives pour «un autre monde». L’histoire nous a montré que toutes les tentatives pour révolutionner la société à partir des structures finissent par dévier et échouer.


La double transformation

«Acquiers la paix intérieure et des âmes, par milliers, trouveront auprès de toi le salut»

Séraphin de Sarov

Mais il ne s’agit pas d’entrer dans un mysticisme coupé du monde. Il faut trouver les moyens d’articuler en profondeur cheminement personnel et engagement collectif. Devenir des méditants-militants. Pour cela il faut une double transformation:

  1. Etre éveillé, devenir lucide, mettre en lumière les processus collectifs en cours ainsi que ses propres ressorts les plus personnels. Il ne suffit pas simplement de savoir et d’être informé, il faut que cette information passe du mental à un autre niveau de l’être et de la conscience, qu’elle nous brûle au point que nous ressentions la nécessité intérieure d’un changement. Ce changement s’opère progressivement par la guérison de nos blessures intérieures qui nous amène à nous accueillir tels que nous sommes avec nos faiblesses, peurs et pulsions les plus cachées. En paix avec nous-mêmes, lucides et réconciliés nous pourrons agir pour la paix du monde.
  2. D’autre part il faut une réorientation, une transfiguration de nos désirs. Le désir est une composante essentielle de l’image de Dieu en nous. Cela signifie que nous avons en nous, au plus profond de notre être, une puissance désirante qui est la source même de notre soif de Dieu (beauté, bonté, justice, solidarité). Or, dans un monde qui a exclu la référence au divin, le désir se trouve perverti en désir-envie proliférant qui cherche la satisfaction de l’égo au-travers de la possession et du pouvoir (4).
    Le problème n’est pas que nous désirons trop mais que nous désirons mal en prenant les vessies du «beaucoup avoir» pour les lanternes de la «plénitude d’être».
    Il ne s’agit pas de chercher à annihiler nos désirs, mais de les transfigurer en les reliant à leur source divine. Par un retour au centre, un retournement de notre être vers Dieu, nous nous vidons de notre ego pour nous remplir de l’Esprit saint, nous créons à l’intérieur de notre cœur un espace où Dieu peut venir habiter.

Du cœur aux mains

L’éveil de la conscience, la connaissance de soi, la guérison des blessures intérieures, la transfiguration des désirs sont les piliers le long du chemin de la réponse aux grands défis posés par la mondialisation. C’est en dedans, du dedans, que les choses bougent et peuvent changer vraiment. Le méditant-militant s’ouvrant à l’action de l’Esprit, unit le travail de transformation intérieure à l’engagement pour les réformes sociales et politiques, les chartes éthiques, les technologies vertes. Car le travail sur soi prend corps en s’incarnant dans des pratiques équitables et solidaires, des engagements citoyens, des nouveaux modes de vie, d’épargne et de consommation, aspects les plus concrets de notre vie quotidienne.


Notes:

(1) Les illusions de notre ego, nos passions idolâtres, nos désirs insatiables d’avoir, de pouvoir et de savoir, notre orgueil qui nous remplit de nous-mêmes
(2) (peut-être l’OMC, le FMI, le parti adverse, tel leader politique ou économique).
(3) Ce sont nos passions, nos peurs, nos égoïsmes, nos soifs de pouvoir et d’argent, toutes les « forces cachées » qui pervertissent nos actions en apparence les plus vertueuses.
(4) La publicité est une fabuleuse machine à stimuler et entretenir du désir-envie et de l’insatisfaction-frustration permanents.

En savoir plus: www.fondationdiagonale.org