Réseau solidarité

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Catégories : spiritualité, échanger, religion
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Jean-Claude Schwab
Publication : 15 mai 2011
Mise à jour : 18 novembre 2011

Osez le jour

Dans le cadre du quarantième anniversaire du Centre de Sornetan, le 30 avril 2011, une journée de réflexion autour du thème «Osez le jour! Perspectives pour une Eglise prophétique» a suscité beaucoup d’intérêt. C'était osé! Pari gagné!

Nous avons été invité à y animer un atelier sur le Réseau solidarité et sommes heureux de vous rapporter quelques échos de ce jour marquant.

Dans la conférence d’ouverture, Laurent Schlumberger, président de l’Eglise réformée de France et pasteur, a abordé deux des défis majeurs de la société actuelle: celui du monde plein, qui ne contient plus de terres vierges, où l’autre est perçu comme une menace, et celui de l’accélération sociale, qui contraint l’homme à aller toujours plus vite. Conséquence: il en oublie qu’il est mortel, et en cherchant à dominer le temps, il n’en a plus. Il a de moins en moins confiance en l’avenir.

Face à ces défis, les Eglises devraient être des lieux où l’on réinvente l’hospitalité, où l’on travaille à être témoin avec lucidité et pertinence, afin de permettre la contagion de la confiance.

Ancré dans les défis de la société – oser être prophétique – oser la confiance contagieuse

Avant de réfléchir à notre appel prophétique, il faut se souvenir qu'on ne peut s'auto-proclamer prophète et se demander si le désir d’être prophétique n'est pas une nostalgie de la position magistérielle de l'église perdue et être une manière de se désolidariser du monde.


Etre témoins d’un Dieu intime et social

Christ nous invite à une relation intime avec notre Source: «Toi quand tu pries, retire-toi. Ton Père est là dans le secret», avant de nous confier une tâche collective et sociale: celle de faire résonner l’évangile dans le monde tel qu’il est.


Défis majeurs

Migrations, phénomène à venir

Phénomène modeste qui a toujours existé et concerne actuellement 3% de la population mondiale, la migration prend de l'ampleur: elle a triplé en 40 ans. Toute la planète est concernée. Et ce flux va augmenter, à cause des inégalités et des problèmes induits par les changements climatiques.

Or, on le sait depuis le milieu du XXe siècle, avec l’exode juif vers Israël, le mouvement de décolonisation, la conquête de la Lune, notre monde est plein, il n’y a plus de terre vierge où se réfugier. Il n’y a plus d’ailleurs. L’espace globalisé est devenu unique. Chez soi on est désormais chez l’autre et réciproquement.

Dans ce contexte, la tâche de l’église est de promouvoir le sens d’un nouvel espace, ouvert, d’une nouvelle hospitalité. C’est un défi politique mais aussi intime qui touche à nos peurs profondes.

La base de l’hospitalité réside dans le fait que chacun de nous a bénéficié d’une hospitalité minimale pour être là. L’hospitalité touche à ce que nous devons à l’autre, sur le plan intime comme sur le plan politique. Accueillis inconditionnellement par Dieu nous trouvons l’inspiration pour l’accueil de l’autre.

L’accélération sociale et la finitude

La vitesse fait partie de notre quotidien. Nous vivons dans un sentiment d’urgence permanent: vitesse des informations, changements toujours plus rapides. On fait plusieurs choses à la fois, on prononce plus de mots à la minute, on dort moins.

L’accélération sociale apparaît au milieu du XVIIe. Nous basculons dans une nouvelle manière d’être ensemble. Autrefois, de père en fils, les changements étaient étalés sur des générations. Ensuite le projet de vie s’est construit sur une génération, et se focalisait autour du choix d’une profession et d’un conjoint.

Aujourd’hui il devient normal de changer une à deux fois de conjoint, de métier et même de religion à l’intérieur d’une génération. Nous sommes dans une identité transitoire, au maximum disponibles. Nous raccourcissons les expériences. La vie désirable paraît être celle qui regorge d’expériences. On vit plusieurs vies en une seule.

Cette accélération est en fin de compte une tentative de surmonter la mort. Dans un temps qui ne résonne plus avec l’éternité nous refusons le deuil et la finitude.

Nous pouvons mettre en place de petits antidotes à l’accélération:

  • différer la réponse à un mail;
  • prendre un temps pour s’arrêter;
  • ménager des plages d’ennui – pour nous, pour nos enfants;
  • ménager des plages vides dans l’agenda.

Mais on n’arrêtera pas l’accélération. C’est peut-être une catastrophe qui s’en chargera.

Le sens du Sabbat n’est pas d’interrompre l’accélération quelques instants pour repartir deux fois plus fort le lundi matin.
Il faut oser un Sabbat porteur de vide, d‘espace, pour que puisse advenir la faible brise d’un souffle prophétique.

Reto Gmunder


Résonnance de l’évangile

L’accélération sape la confiance en demain. Tout l’investissement est dans l’ici et maintenant, car demain est imprévisible. Pourtant la confiance en l’ouverture d’un avenir fait partie de notre foi.

Le sabbat retourne la quête du plein. Il implique consentement à la finitude. Dieu s’est inscrit dans la finitude. La vie éternelle est une plénitude qui naît dans nos vulnérabilités.

Comme témoin d’un Dieu intime et social, travailler avec lucidité et pertinence les défis du monde plein et de l’accélération. A partir de la confiance et de l’humilité.

Face à ces défis que nous lance le monde, les Eglises devraient être des lieux où l’on réinvente l’hospitalité, où l’on travaille à être témoin avec lucidité et pertinence, afin de permettre la contagion de la confiance.

Il faut retrouver ces petites cellules de guetteurs, semblables au grain de moutarde, qui sont capables de renouveler le monde. Les églises sont trop préoccupées par leur survie. Elle doivent réapprendre à avancer à leurs propres frais, sans grands moyens.

Roger Parmentier