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Publication : 28 août 2007
Mise à jour : 28 août 2007

Introduction
Ce conte raconte de manière symbolique l’histoire de Pierre Rabhi, un intellectuel algérien qui est arrivé en France dans les années 50. Il a tenté de survivre comme ouvrier d’usine puis, un jour , avec sa jeune épouse, il a tourné le dos aux valeurs de productivisme et de compétitivité de la modernité et ils sont partis apprendre le métier de berger en Ardèche. Au terme d’années de lutte acharnée et désespérante pour survivre sur cette terre ingrate, ils découvrent l’agriculture biodynamique qui s’appuie sur les processus naturels de la formation de l’humus en forêt en les accélérant. Ce sera le tournant décisif qui aura un retentissement sur leur exploitation qui deviendra enfin vivable. De nombreux stagiaires viendront se former chez eux et finalement cette expérience sera transmise en Europe et en Afrique. Partout cette méthode respectueuse des lois naturelles fonctionne, les terres désertiques deviennent fertiles et les plus démunis regagnent leur autonomie alimentaire.




Le conte des 1000 et une oasis

En ce temps là, il y avait sur terre des seigneurs très riches et très puissants. Ils étaient si fiers d’eux qu’ils se croyaient les plus intelligents, les plus savants, et même… les plus généreux ! Leurs maisons étaient immenses et très confortables, leurs salles de bain luxueuses, leurs lits moelleux, leurs festins plantureux et leurs armées étaient puissantes et redoutables.
Ils pensaient que là-bas, dans un autre pays lointain, les humains avaient besoin de leur intelligence, de leurs savoirs, de leurs techniques, de leurs machines.

Or, dans le propre pays des seigneurs très riches et très puissants un phénomène nouveau et bizarre se produisit. Les seigneurs riches et puissants devenaient de plus en plus riches et puissants, mais une partie de plus en plus importante de la population autour d’eux devenait de plus en plus pauvre, démunie et désespérée.
La terre elle-même souffrait car elle avait besoin d’amour et de respect et elle ne recevait plus d’amour ni de respect, mais des nourritures chimiques qu’elle n’aimait pas, distribuées par de grosses machines qui la violaient.
L’eau était souillée et trouble et n’apportait plus à la terre l’énergie de vie dont elle a besoin. Alors les plantes ne recevaient plus cette énergie ; elles poussaient vite, vite, trop vite et n’importe quand, sans respect du temps nécessaire à leur maturation, sans respect pour la ronde des saisons. Certains animaux dit-on devenaient fous, car ils recevaient une nourriture contre-nature destinée à accélérer leur croissance.
L’air était chargé de pollution. Le soleil devenait de plus en plus cuisant, car la terre était de moins en moins protégée par la couche d’ozone.

Alors la terre, l’eau, l’air, le soleil se concertèrent et ils envoyèrent un message d’urgence à un petit homme venu du pays lointain qui les aimait et qui était à leur écoute. Il traduisit leur message :
« La terre est notre mère, elle vit, elle respire, elle se nourrit, elle n’est pas inerte, insensible. L’arbre en tire la sève pour étendre ses ramures, déployer son feuillage au soleil qui recharge et nourrit aussi. Et lorsque le feuillage meurt,il se transforme sur la terre et redevient nourriture, si le vent ne l’emporte ou les animaux ne le dilapident ou le feu ne le calcine. Ainsi les animaux se nourrissent des plantes que la terre nourrit et les hommes se nourrissent des animaux et des plantes. »
Dans le pays des riches seigneurs, certains dirent que ces paroles les avaient touchés et que c’était bien.
Car le petit homme venu de loin savait de quoi il parlait : il aimait la terre, il savait la soigner, il savait enseigner,il savait enseigner comment la soigner et dans ce domaine il était plus savant que les seigneurs puissants et très riches. Il aimait la terre, mais il aimait aussi les humains et il disait :
« Le déséquilibre induit par l’organisation du monde actuel condamne à terme cette société. »
Il proposait : « La solidarité entre ceux qui n’approuvent plus les règles suicidaires du modèle dominant », « la recherche de l’autonomie à travers le changement d’attitude face à la terre », « la reconquête de la créativité », « la revendication légitime à être davantage même s’il faut avoir moins ».

Alors dans le pays des puissants seigneurs très riches, des femmes et des enfants se levèrent. Ils refusèrent le désespoir, le défaitisme, ils crurent en la force de la vie et ils se groupèrent pour créer en tous lieux des « OASIS », des lieux où la priorité serait donnée à la logique du vivant, c’est-à-dire à la dynamique entre les espèces vivantes et les éléments, à la solidarité entre les humains, à la conscience de leur appartenance à la terre.

http://www.pierrerabhi.org
http://terrehumanisme.free.fr