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Mise à jour : 19 août 2007

En écoutant les nouvelles le 24 novembre au matin, et en entendant que la commission de l'environnement propose au parlement de rejeter la taxe sur le CO2 dans sa session du 14 décembre, j’étais très en colère. L'entretien qui a suivi dans le "grand 8" m’a permis de prendre du recul et m'a tellement intéressée que je l'ai réécouté sur rsr.ch et résumé ci-dessous :

Le grand 8, vendredi 24 novembre

L'écologie industrielle
« On peut être productif et écologique »


Cette nouvelle manière d'assurer le développement économique tout en ménageant l'avenir de la planète, l'écologie industrielle, sera au centre d'une conférence internationale organisée la semaine prochaine à Lausanne.

Autour de la table : Suren Erkman, professeur à l'Université de Lausanne, Paolo Baracchini, consultant auprès de l'EPFL et Gerald Hess, éthicien à l'Université de Lausanne.

Extraits résumés de l’entretien :

GH : En effet, sans prise de conscience éthique rien ne changera vraiment. Il faut creuser la question du rapport de l’homme à la nature.
Aujourd’hui le parlement remet en cause le centime climatique parce que le prix du pétrole baisse. Il y a là un manque de volonté politique sur le plan écologique. Le politique est à la traîne d’une volonté économique et populaire.

SE :
Le politique est décalé. L’industrie a évolué et intégré l’écologique et le social
dans son système de gestion. De la part du politique, il y a un déni, voire un négationnisme de la réalité par rapport au réchauffement climatique. Le constat est pourtant clair mais la responsabilité humaine occultée. On hésite à changer nos habitudes.

Question : Faudra-t-il une démonstration scientifique pour avoir prise sur le politique ?

SE : On n’aura jamais de preuve simple, pour un domaine aussi commplexe et d’ailleurs ce n’est pas le rôle de la science de prouver. Les scientifiques doivent sans arrêt mettre en doute ce qui est acquis. Il y a des scientifiques honnêtes et désintéressés et d’autres, qui ont des intentions et ne jouent pas un rôle positif. Il faut écouter tout le monde et faire la part des choses. Voir quelles sont les intentions des uns et des autres.

YM : L’enjeu environnemental est en train de changer de statut. La question du développement durable se trouve au cœur de la stratégie industrielle. Le politique le comprend après coup.
Une attention nouvelle est portée à la consommation de toutes les ressources utilisées.
Les scientifiques de bonne foi disent qu’il y a relation entre le réchauffement climatique et l’activité humaine. Or, le grand enjeu n’est pas scientifique. Le grand enjeu est culturel : nous investissons énormément culturellement et émotionnellement sur la croissance. Nos sociétés se sont fondées sur la croissance. Notre vie a un sens parce que nous sommes engagés dans cette formidable aventure de la croissance. L’homme n’est pas un être de besoin mais surtout un être de désir. Il ne peut pas se contenter de survivre dans son environnement, il a soif d’infini. La question c’est : « Qu’allons-nous faire de notre désir d’infini, de ce besoin d’aller au delà ? ».

GH : Il faut effectivement séparer les 2 problèmes et aller au-delà de la recherche scientifique, même si il y a beaucoup d’indices qui font déduire que le réchauffement est anthropogène. Il faut remettre dans le débat public la question du sens de notre rapport à la nature, Considérer et mettre en question ce désir d’infini que nous avons. Autrefois on construisait des temples, on allait à la messe. Dans la modernité, la plus-value du travail ne va plus dans la construction de temples, elle est réinvestie dans la machine économique. Donc on donne un sens à notre désir en l’alimentant. Il devient le combustible de la croissance économique.

SE : Il y a un lien direct avec l’enjeu éthique, philosophique, culturel et spirituel. Le système économique avec sa poursuite de croissance sans limite flatte l’ego, encourage à aller toujours plus loin en consommant beaucoup de ressources matérielles. Or, toutes les sociétés humaines ont posé des limites aux désirs de l’individu. Le fait que les ressources sont limitées, est un principe de réalité. Tout individu doit accepter cela et renoncer à son fantasme de toute-puissance. Il y a une limite physique : un certain nombre de ressources sont limitées. Il y a aussi une limite culturelle : une société qui passerait son temps à flatter le désir d’absolu, l’ego sans limite des individus, n’est pas viable à long terme sur le plan culturel. Si le but de la vie est la maximisation de la jouissance, on ne fait plus d’enfants, d’où la dénatalité dans la société moderne.

GH : Autrefois on articulait le désir sur l’au-delà. Aujourd’hui l’écologie coïncide avec la théologie chrétienne ou judaïque la plus classique : pour la théologie, la terre est une création d’un Dieu unique et il faut la respecter pour cette raison. Pour les écologistes le respect de l’environnement est fondamental.
C’est là que les politiques sont en retard. Et pourquoi ? Le succès des politiques se fonde sur la croissance : comment voulez-vous être élu si vous ne promettez pas la croissance c'est-à-dire l’ amélioration de la qualité de la vie sur le plan matériel ? Les politiques sont en retard de 20 ans sur les anthropologues.

Débat résumé par Thérèse Schwab