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Catégories : écologie, politique, économie
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 5 septembre 2009
Mise à jour : 20 octobre 2009

La décroissance,
une idée qui chemine sous la récession

Avec la crise écologique s’impose peu à peu la nécessité de définir le progrès humain autrement que par le productivisme et la confiance aveugle dans l’avancée des sciences et des techniques.

En France, les penseurs et militants de la décroissance, qui prônent un mode de vie plus simple et plus riche de sens, voient croître leur audience, tant auprès des partis de la gauche antilibérale que parmi le grand public. Ils représentent pourtant des sensibilités politiques et philosophiques très diverses.

«C’est dans le «Monde diplomatique» d’août 2009 que vous trouverez cette enquête sur les partisans de la décroissance. Bien sûr l’enquête a surtout été réalisée en France. Mais un entrefilet laisse percevoir que la décroissance n’occupe pas que les Français. Le projet naissant est bien international.

Il reste largement à préciser, du moins pour son contenu politique, mais l’idée avance partout et permet de changer le point de vue de l’analyse, de sortir du modèle de croissance dévastateur, ce qui en ces temps de crises multiples n’est pas le moindre de ses intérêts. «Inventer, c’est penser à côté» disait déjà Einstein, et c’est bien le moins que nous puissions faire pour trouver un nouveau projet commun à l’humanité qui en respecte la diversité.

L’ambition est haute comme nos responsabilités envers les générations à venir, car ne nous y trompons pas c’est bien de notre avenir commun sur notre petite planète dont il est question. Avec au centre la question de la solidarité et de ses nouvelles déclinaisons. Nous ne pouvons que nous réjouir dès lors que, comme le montre le Monde diplomatique, les penseurs et militants de la décroissance représentent des sensibilités politiques et philosophiques diverses. Il n’y a pas de grand gourou au sein des décroissants mais un immense mouvement démocratique».

Récession – décroissance volontaire ?
La récession, qui est en fait un mouvement de décroissance non-volontaire, subie et combattue, représente-t-elle une chance, une opportunité de changement?

La mise en cause de la croissance apparaît comme une conséquence logique de la double crise économique et écologique. Beaucoup le regrettent, d’autres y voient une opportunité: «Seule la décroissance sauvera la planète», affirme Yann Arthus-Bertrand, photographe et cinéaste co-auteur du film «Home».

Certains partisans de la décroissance sont convaincus que la crise actuelle constitue une formidable opportunité: «C’est une bonne nouvelle: la crise est enfin arrivée et c’est l’occaison pour l’humanité de se ressaisir» s’exclame Serge Latouche l’un des pionniers du mouvement de décroissance en France.

Moins optimiste, Vincent Chenet, rédacteur de la revue Décroissance, craint: «Si la crise offre une opportunité de s’interroger et de se remettre en cause, elle risque aussi d’engendrer des crispations et des phénomènes de peur, de repli sur soi».


Un courant de pensée influent mais peu organisé

La décroissance, une idée qui chemine sous la récession

Avec la crise écologique s’impose peu à peu la nécessité de définir le progrès humain autrement que par le productivisme et la confiance aveugle dans l’avancée des sciences et des techniques. En France, les penseurs et militants de la décroissance, qui prônent un mode de vie plus simple et plus riche de sens, voient ainsi croître leur audience, tant auprès des partis de la gauche antilibérale que parmi le grand public. Ils représentent pourtant des sensibilités politiques et philosophiques très diverses.

Par Eric Dupin

Il fallait voir l’air interloqué de M. François Fillon. Ce 14 octobre 2008, M. Yves Cochet défendait les thèses de la décroissance du haut de la tribune de l’Assemblée nationale. Diagnostiquant une «crise anthropologique», le député Vert de Paris affirmait, sous les exclamations de la droite, que «la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique». Son appel à une «société de sobriété» n’avait guère de chances d’emporter l’adhésion de l’hémicycle. Toutefois, l’idée provocatrice de «décroissance» avait forcé les portes du débat public.

La récession est passée par là. Bien sûr, la décroissance «n’a rien à voir avec l’inverse arithmétique de la croissance», comme le souligne M. Cochet, le seul homme politique français d’envergure à défendre cette idée. La mise en examen de la croissance apparaît toutefois comme une conséquence logique de la double crise économique et écologique qui secoue la planète. Les penseurs de la décroissance sont subitement écoutés d’une oreille plus attentive. «Je suis beaucoup plus sollicité», se réjouit Serge Latouche, l’un de ses pionniers. «Les salles sont pleines dans nos débats», lui fait écho Paul Ariès, un autre intellectuel de référence de ce courant de pensée.

Le mot même de «décroissance» est de plus en plus repris, bien au-delà des cercles restreints de l’écologie radicale. «Au moment où les adeptes de la décroissance voient leur argumentaire conforté par la réalité, y a-t-il une alternative entre la décroissance subie ou non dite, comme l’est la récession actuelle, et la décroissance conduite?», s’interrogeait, pendant la campagne européenne, Nicolas Hulot. Soutien d’Europe Ecologie, l’animateur avouait douter de la «croissance verte» et envisageait plutôt une «croissance sélective doublée d’une décroissance choisie». «Seule la décroissance sauvera la planète», lâcha même le photographe Yann Arthus-Bertrand, auteur du film «Home».