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Catégories : environnement
Rédacteurs :
Jean-Claude Schwab
Thérèse Schwab
Publication : 18 août 2008
Mise à jour : 23 août 2008

Troubadours des temps modernes

baladins du Vivant  caché au cœur des gens et des plantes

Julia, naturopathe fraîchement diplômée, et Corine, biologiste, engagée à la Salamandre, toutes deux passionnées par les plantes, ont mené des enquêtes ethnobotaniques dans deux régions de leur terre natale, le Jura. Elles ont rassemblé le fruit de leur travail, dans leurs mémoires de fin d’étude: 

«Chasseral, à la rencontre de l’homme et du végétal»  (Corine Broquet)

«Au cœur des gens et des plantes» (Julia Cattin).

Et puis, elles ont décidé de larguer les amarres, de tout laisser derrière elles et de partir à pieds, avec leur ânesse Capucine, direction le Sud. Partir sans projet de retour, partir pour laisser une chance à la Vie: s’en remettant à Dame nature et à la Providence, elles comptent, par ce chemin aller au cœur d’elles-mêmes, prêtes, du même coup à se confronter à leurs limites et à risquer la transformation intérieure inhérente à un parcours initiatique.
 
Rejointes par Sieur Damien, ingénieur en environnement alpin, amoureux de Julia et porteur du même rêve, ils prennent la route à quatre, à l’assaut d’une estive dans les Hautes Alpes, en Provence, près de Barcelonnette.  Sur le blog www.aneries.over-blog.org, ils racontent, d’étape en étape, les découvertes du chemin.

Partis le 4 avril 2008 de Neuchâtel, ils arrivent à destination en fin juin. Se faisant bergers, ils font le choix d’un métier qui permet d’assurer  leur subsistance par une activité  en lien direct avec la nature . Une précédente expérience comme stagiaires et une grande passion leur donnent la capacité de veiller, pendant une saison sur un troupeau de 1700 moutons (appartenant à trois éleveurs) sur les flancs sauvages du col d’Allos, à 2250 m. Pour l’instant, le couple occupe ce poste tandis que Corine fait la cueillette de la lavande dans la plaine.

Estive au Col d’Allos

La vie à ces altitudes est rude, les éléments parfois se déchaînent: Un jour un orage a éclaté avec une violence extrême, Julia, seule avec le troupeau ne savait où se mettre tandis que les éclairs fusaient autour d’elle et que la pluie se muait en grêle. Elle n’est pas prête à oublier la terreur qu’elle a éprouvée et, dès lors, scrute le ciel au moindre signe précurseur de gros temps. Un autre jour c’est un chien agressif qui s’est attaqué au troupeau et a déchiré une brebis. Tandis que nos bergers se demandaient comment l’évacuer, ils ont constaté qu’un groupe de vautours faisaient le travail. En moins d’une heure l’animal avait disparu.

Julia est venue à notre rencontre avec Capucine. Nous avons chargé nos provisions sur son dos et suivi  un sentier abrupt qui mène en une heure et demi au refuge.
La présence de l’ânesse éveille la sympathie et la curiosité des promeneurs que nous croisons et Julia nous dit que, pendant tout leur pèlerinage, Capucine a été l’ambassadrice de charme qui a ouvert les cœurs et les portes des refuges indispensables pour la nuit, vue la météo froide et pluvieuse de ce printemps.

Au rez-de-chaussée, du refuge se situe le garde-manger et la pièce des bergers, à l’étage l’hébergement pour les promeneurs. Un panneau solaire procure le courant pour la lumière, un petit poêle à bois pourvoit au chauffage, complété par une table, quelques chaises, un lit… le minimum vital.

 

Devant la maison la fontaine avec son eau claire et glacée qui sert autant de puits, d’évier que de baignoire.





Damien est avec le troupeau au sommet du pâturage d’août et descendra après le coucher du soleil, en prenant soin de le rassembler dans un parcage mobile, à 30 minutes de notre refuge. Deux chiens de garde dorment avec les bêtes. La région étant  domaine visité par le loup, une vigilance particulière est nécessaire.

 

Longue veillée où brûle plus qu’une bougie…Chacun parle de sa vie et ensemble nous apprenons avec émerveillement et émotion qu’un petit être s’est glissé au cœur de Julia pendant le voyage. Malgré la précarité de leurs conditions de vie, Julia et Damien accueillent l’imprévu avec reconnaissance et confiance. Cette vie, c’est clair pour eux est un cadeau…A une époque où les gens veulent  tout calculer et prévoir, il se dégage une grande force de ce couple qui envoie comme un clin d’œil à Marie et Joseph.

 

 

 

Après le mystère de la nuit, avec toutes sortes de bruits d’animaux,  sous un ciel d’une pureté extraordinaire avec des étoiles, des étoiles,  des étoiles, au-dessus de nous , qu’elle est belle la lumière du matin !
Nos amis nous servent le petit déjêuner au soleil: crêpes au sarrasin, fruits, café…C’est un moment exquis et chacun sent qu’il est bon de le goûter à fond. On a tant à se raconter. Le temps passe, il est déjà 10h et normalement , les bergers partent bien plus tôt.

 

 

 

Nous trouvons les 1700 bêtes debout immobiles, les unes contre les autres. Les bergers ouvrent l’enclos, Julia monte un peu plus haut et lance le cri d’appel. La masse inerte frémit et c’est comme un mouvement de vague qui le parcourt, le chien commence sa ronde pour mettre le troupeau en mouvement et les brebis de la périphérie se mettent à courir, il se donne comme une spirale dans le troupeau
et la montée est amorcée…

Arrivé à la lisière du bois de mélèzes, le troupeau refuse de continuer. Damien comprend que nous sommes venus trop tard, le soleil est déjà chaud, les moutons refusent d’affronter la chaleur. Il s’incline. On ne lutte pas contre les forces de la nature. Nous laissons le troupeau à l’ombre et montons au sommet. Croisant un couple d’un certain âge, on échange des propos sur la vie des bergers dans le passé et aujourd’hui. On prend le temps de la rencontre… Saisi par le rayonnement qui se dégage du jeune couple, l’homme s’exclame: «En vous voyant, on pourrait être tenté de croire en Dieu». Julia rétorque simplement: «Le divin est en chacun de nous.»