Réseau solidarité

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Catégories : écologie, politique, énergie, spiritualité
Rédacteurs :
Katia Borel
Publication : 27 janvier 2010
Mise à jour : 27 janvier 2010

Une délégation du réseau solidarité s’est rendue le 2 avril 2009
à une table ronde organisée au Club 44 à la Chaux de Fonds, sur le thème:

«Unir l'écologie intérieure et extérieure»

Tout le monde en parle:

  • du temps qui se détraque
  • du climat qui se réchauffe
  • de notre planète qui se détériore
  • du gaspillage énergétique
  • de la pollution et des conséquences sur la santé, l’économie et sur notre pain quotidien. 

Chaque personne laisse derrière elle son empreinte écologique. Elle: 

  • consomme des ressources
  • jette des déchets
  • modifie l’environnement
  • émet des gaz à effet de serre via la production de denrées alimentaires, le chauffage, l’utilisation de nombreuses machines et moteurs.

Tout le monde en parle, mais il est désormais temps d'agir et cela à divers niveaux:
     • politique (quelle législation?)
     • spirituel (écospiritualité)
     • urbain (exemple des actions de la Ville de La Chaux-de-Fonds) et
     • social (interdépendance entre climat et justice sociale).

Voici le résumé de cette table ronde.

Michel Maxime EGGER, théologien orthodoxe, sociologue et responsable à Alliance-Sud, nous invite à un acte de lucidité, à une prise de conscience qui serait davantage qu’une simple information touchant notre intellect…car, disait-il à l’aide d’un dessin humoristique, «le danger des particules fines, c’est qu’elles entrent par une oreille et sortent par l’autre!».

Il a évoqué les différents niveaux d’action possibles pour amorcer un changement, qu’il se situe: 

  • sur le plan mondial (normes, législations, chartes, issues de démarches politiques ou éthiques)
  • sur le plan de la vie pratique (technologies, comportements de la vie de tous les jours) 
  • ou qu’il touche notre être profond.

Selon lui, les racines de la crise d’aujourd’hui sont à chercher dans le paradigme de la modernité, cette représentation répandue qui nous laisse croire qu’une croissance infinie est possible.

Il nous questionne aussi sur notre vision de la place de l’humain dans l’univers: sommes-nous au centre du monde (anthropocentrisme), ou une petite part dans l’univers (cosmocentrisme)… ou encore, selon la vision chrétienne, un microcosme, un être humain appartenant à la terre et fait de terre ayant toutefois une place à part, créé à l’image de Dieu?

La loi du marché est centrée sur l’ego, elle nous pousse à la prédation, à la consommation, alors que la loi de l’être profond nous invite à dire «je suis» dans le respect et la communion avec ce qui nous entoure.

Théo Buss, théologien, journaliste et formateur d’adultes, nous a partagé divers exemples, certains tirés de son expérience personnelle et d’autres relayés par les médias (perte de superficie de la forêt tropicale, trou d’ozone, éco-carburant source de famine dans les pays producteurs, menace d’extinction pour divers mammifères, poissons et oiseaux…). En nous contant l’histoire d’un étang dont les feuilles de nénuphars se dédoublaient chaque jour et s’étendaient jusqu’à couvrir complètement le plan d’eau en 30 jours, il nous a interrogé sur l’état de l’étang au 29e jour (il est recouvert alors seulement à moitié !) et interpellé sur l’urgence de la situation du monde: quand donc allons-nous intervenir?

Laurent Debrot, maître agriculteur et député écologiste, nous a rappelé que l’on ne pouvait plus se baigner dans le lac de Neuchâtel vers 1970 en raison de la prolifération des algues dues aux phosphates qui y étaient déversés, que l’on parlait à cette époque de légumes contenant un fort taux de plomb, de la mort des forêts due à la pollution… et que l’on a pu améliorer notoirement la situation, grâce à diverses lois et technologies, par exemple par la construction de stations d'épuration, l’introduction du catalyseur obligatoire pour les véhicules, l’essence sans plomb, les contrôles antipollution, etc.

Il a relevé qu’il reste cependant difficile de toucher à la liberté individuelle, à l’autonomie des gens, même pour le bien commun, et que les sujets qui concernent la croissance et la consommation (d’énergie ou de biens, comme par ex. le bois, les diamants) sont difficiles à aborder en politique. La décroissance n’a pas bonne presse !

Le monde politique manque de carottes (subventions) et de bâtons (lois) et M. Debrot regrette qu’il n’y ait pas de lobby actif dans le canton de Neuchâtel qui vienne soutenir les politiciens en offrant des idées et propositions concrètes. Il se réjouit toutefois de l’adoption récente par le Grand Conseil de la loi sur l’énergie qui permettra d’assainir les bâtiments en dehors des normes (bâton) et alloue 4 millions de subventions au programme cantonal pour le chômage (une caisse de carottes) !

Maurice Grünig, délégué à l’énergie et spécialiste des questions de chauffage à la ville de La Chaux-de-Fonds depuis 30 ans, exprime ses craintes face à un réchauffement global qui n’est pas lié au CO2 uniquement. Si les carottages effectués au Groenland montrent qu’il y a toujours eu des fluctuations de température avec une variation correspondante de la teneur en CO2 (variations entre 200 et 280 ppm), la valeur de 380 ppm que l'on mesure actuellement est largement au-delà des teneurs de ces derniers 600'000 ans et invite à prendre des mesures dès que possible…

La Chaux-de-Fonds fait des efforts dans le domaine de l’énergie depuis longtemps puisque le premier chauffage urbain à distance date de 1926: l’énergie libérée par de gros moteurs industriels était déjà récupérée pour chauffer les maisons du quartier. Dès 1972, CRIDOR y incinère les poubelles et 6 mio de litres de mazout sont ainsi économisés chaque année, soit l’équivalent de la consommation de 15'000 ménages.

La ville est devenue en 1997 une des 152 cités de l’énergie en Europe. L’objectif est de devenir une cité à 2000 watts. Pour ceux que leur consommation intéresse, les services industriels prêtent des compteurs électriques qui permettent notamment de traduire les watts en coûts.

Selon M. Grünig, les mesures prises au niveau des bâtiments sont très bonnes, mais il resterait à faire au niveau de la mobilité. Deux projets d’envergure sont en cours: un programme d’évaluation des chauffages est réalisé dans le quartier de la Forge dans l’espoir de favoriser ensuite le choix de systèmes plus écologiques par des mesures incitatives et un nouveau quartier «Le Corbusier» est en construction: 80'000m2 avec le meilleur équipement dans le domaine écologique.

Le sol de la place du marché va aussi être peint en clair et des arbres vont y être plantés (NB on réchauffe 10x plus l’atmosphère avec du bitume sans arbres à proximité !). M. Grünig nous invite encore à limiter notre consommation d’eau chaude et froide (en zone karstique, nous devons descendre 500m jusqu’au Doubs pour pomper l’eau), à nous renseigner sur l’origine de nos pellets (sapins jurassiens ou d’Ukraine?) et à nous intéresser au covoiturage…

Un débat animé a clôturé la soirée avec trois questions du public:

  • «La consommation: un problème politique? Pourquoi les fraises sont-elles disponibles à la Migros depuis début février?»
    Il est parfois difficile d’harmoniser deux conceptions très différentes pour aboutir à des décisions et se donner des moyens pour réaliser pratiquement des mesures. L'exemple des 57 voix de gauche contre 54 voix de droite au Grand Conseil lors du vote pour la nouvelle loi sur l’énergie montre clairement ce genre de clivage idéologique.
  • «Les pays du sud qui vont le plus souffrir du climat sont ceux qui ont le moins contribué au problème…comment les aider?»
    Quelques pistes: par la formation des gens sur place, en améliorant le flux de communication nord/sud, en cessant le trafic de permis (achat de droits auprès de ceux qui consomment moins), en levant les brevets pour ce qui concerne la technologie (protection de la propriété intellectuelle en Suisse)
  • «Décroître...Moi, je veux bien, mais les gens autour de moi disent qu’il y aura encore moins de travail…»  
    D’abord, pourquoi travaille-t-on toujours autant? On devrait aboutir au partage du travail. Ensuite, il y a une quantité de travaux inutiles: la décroissance et la croissance doivent être sélectives. Sortir du nucléaire et des énergies fossiles, mais améliorer les services, créer des emplois ! Mais il n’y a pas de décroissance matérielle sans croissance spirituelle. On va travailler moins / différemment. Ceci dit les loisirs sont souvent hyperactifs: on consomme quand même, c’est lié à des mécanismes intérieurs ! …et une participante de lancer «le problème de la croissance occidentale a commencé quand on arrêté de repriser les chaussettes »…