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Catégories : environnement
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 6 avril 2009
Mise à jour : 22 avril 2009

L'esparcette, pionnière héroïque

L'esparcette ne paie pas de mine, mais elle possède d'immenses qualités qui lui donnent un rayonnement exceptionnel. Même dans les terrains très secs, elle produit des miracles: ses racines sont capables d'aller chercher l'humidité en traversant plusieurs mètres de profondeur. Elle résiste ainsi aux plus durs climats ou terrains.

En plus elle produit de l'engrais, de l'engrais vert 100% naturel comme l'explique le texte ci-dessous, qui résiste à l'envahissement de la forêt, autant qu'à la culture intensive. L'esparcette est, par ailleurs, une excellente plante fourragère...

Les prairies sèches rétrécissent d'année en année sous la pression conjuguée de l'agriculture intensive et de l'avancée des forêts. Or, elles recèlent une extraordinaire biodiversité.
L'esparcette ne paie pas de mine. Si elle plaît aux promeneurs avec ses petites feuilles impeccablement alignées le long de leur tige et ses fleurs roses disposées en épis, elle attire moins le regard que la marguerite à la simplicité solaire ou que les orchidées aux formes énigmatiques. Mais sa discrétion ne doit pas tromper. Ce membre de la famille des Fabacées (autrefois Légumineuses) possède d'immenses qualités qui lui donnent, dans l'univers des prés, un rayonnement exceptionnel.

Prenez un sol plutôt sec et peu profond, que la végétation s'est découragée depuis belle lurette d'habiter, et amenez-y quelques individus de son espèce. Un miracle se produira. Grâce à ses très longues racines pivotantes, capables de traverser plusieurs mètres de sol, l'esparcette trouvera l'humidité dont elle a besoin pour survivre et même prospérer. Comme sur les hautes montagnes de terres graveleuses, de sables arides, de marne ou de craie dont elle est originaire. Ni l'aventure, ni la solitude, ni la sécheresse ne lui font peur. Elle a la rudesse courageuse des pionniers. Et une devise: «Pourquoi pas?»

Là ne s'arrête pas son mérite cependant. Une fois établie quelque part, la plante diffuse autour d'elle son énergie vitale. Comment? En produisant de l'engrais, de l'engrais vert 100% naturel. «La végétation est friande de molécules à base d'azote, explique Adrian Möhl, botaniste indépendant, et guide de prairie à ses heures. Or, l'esparcette offre domicile à des bactéries qui captent ce gaz et le transforment en fertilisant. Lorsqu'elle meurt, elle le transmet à la terre qui le dissémine dans la nature au grand avantage de nombreuses espèces.»

Et c'est ainsi que l'esparcette prépare le terrain à une liste interminable d'autres plantes, dont les graminées et la luzerne. Dans les prairies sèches, produits d'une action réelle mais légère de l'homme, son engrais vert fait merveille. Il complète parfaitement quelques fauches annuelles dans ces espaces particulièrement fragiles, menacés aussi bien par l'éventuelle augmentation que par la possible disparition de la pression humaine. En d'autres mots, par le développement de l'agriculture intensive que par l'ensauvagement et le retour de la forêt.

L'esparcette est, par ailleurs, une excellente plante fourragère. A tel point qu'on l'appelle aussi le «sainfoin», un terme qui s'écrivait plus explicitement autrefois en deux mots mais continue à rappeler en un seul ses vertus nutritives et médicales. Même son nom scientifique, Onobrychis viciifolia, y fait allusion: ne se compose-t-il pas des mots grecs «onos», «âne», et «bruchein», «braire»? Tant il est vrai que l'âne brait de satisfaction lorsqu'il sait la fleur à portée de mâchoire.

L'espèce est si commune et si appréciée que beaucoup, en Suisse, la pensent indigène. En réalité, elle est originaire du sud-est de l'Europe. Et il a fallu toute la perspicacité et la persévérance du génial naturaliste bernois Albrecht von Haller, qui avait découvert les vertus fertilisantes des Légumineuses, pour l'introduire voilà deux siècles au nord des Alpes. «L'esparcette, s'amuse Adrian Möhl, c'est un immigré yougo qui a formidablement réussi.»

Article de Etienne Dubuis, publié le lundi 7 juillet 2008 dans Le Temps