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Catégories : environnement, économie, politique
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 12 mai 2010
Mise à jour : 26 septembre 2010

L’agriculture aux prises avec la mondialisation

Monsieur Claude-Eric Robert, agriculteur au Locle, a été interviewé par la Commission protestante romande suisses-immigrés (CPRSI) sur les retombées de la mondialisations qui touchent autant les paysans du Nord et du Sud. Voici quelques points évoqués dans cet entretien, qui nous ont interpelés et poussés dans une réflexion:

En Europe, en Suisse, la conséquence de la mondialisation est une véritable tiers-mondialisation de l’agriculture. Prise en otage par l’agro-business, avec la complicité du pouvoir politique, l’agriculture est entraînée dans une course au rendement qui finalement ne profite qu’aux potentats des lobbies industriels. La loi du marché, les prix imposés par les grandes entreprises de distribution calqués sur les flux boursiers, sont un véritable étau. Les paysans produisent à perte tandis que les intermédiaires s’en mettent plein les poches:

Démonstration: la grande distribution détient le monopole d’achat sur les 80% de la production et fixe les prix: par ex. 0.50 CHF pour le kilo de pommes de terre au producteur, vendu 1.50 CHF sur l’étalage. Coop en particulier a pris le marché Bio en otage. Elle paie 0.90 CHF le kilo de pommes de terre bio, et le revend à 2.70 CHF.

Ces mêmes grands distributeurs, Migros et Coop en tête, basent toute leur propagande sur le thème de la nature et jouent les grands défenseurs de l’environnement sachant que le public est très sensible à cette question. Une telle hypocrisie doit être dénoncée.

En Suisse, nous avons une agriculture productive et protectrice de l’environnement: 7% des surfaces agricoles sont des surfaces de compensation écologique. L'agriculture a donc une fonction d’entretien importante au niveau environnemental.

Elle produit par ailleurs 58% des produits que nous consommons, alors que les paysans ne forment que le 3% de la population. Il s'agit d'une minorité indispensable à la qualité de vie de notre pays et pourtant elle est menacée de toutes parts. L’accord de libre-échange avec l’UE en cours de négociation est un sujet d’inquiétude. Il ferait par exemple disparaître les céréales panifiables en Suisse et la moitié des exploitations agricoles disparaîtrait.

Des résistances s’organisent: des parlementaires demandent qu’on inscrive dans la Constitution que l’agriculture doit produire au minimum 60% des produits agricoles que nous consommons et d’autre part favoriser l’agriculture de proximité. Si l’accord de libre-échange avec l'UE aboutit, Uniterre et l’Union des paysans suisses lanceront un référendum pour essayer d’obtenir une souveraineté alimentaire sur les 60% d’aliments produits en Suissse, même s’ils sont plus chers qu’en UE.

Retombées dans le canton de Neuchâtel
Selon une étude antérieure à la «crise du lait» actuelle:
1/3 des fermes neuchâteloises s’en sortaient bien
1/3 tout juste
1/3 mangeaient leur capital et n’auraient donc plus de réserves à la retraite en dehors de l’AVS. L'étude prévoyait même que certains paysans seraient forcés d’arrêter avant d'arriver à la retraite.

Pour sortir de cette machine, qu’on peut qualifier d’infernale, une alternative prometteuse, est la vente directe autant pour le producteur que pour le consommateur. Mais cela demande toute une réorganisation de l’exploitation et un gros travail organisationnel. Le tourisme rural, la table d’hôte est aussi un bon moyen de compléter les revenus et de créer des liens entre ville et campagne.

Le concept de souveraineté alimentaire revendiqué par le Syndicat international Via Campesina fait son chemin. Elle demande notamment que les prix agricoles soient en lien avec les coûts de production. Avec la libéralisation, l’absence de frontières, les prix des matières premières cotées en bourse, le paysan, qui a la fonction vitale de nourrir l’humanité, travaille souvent à perte, ce qui est totalement abérrant.

Des droits élémentaires y sont affirmés:

  • La priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population
  • La terre doit produire de la nourriture et non de l'argent!
  • Le droit des paysan(ne)s à produire des aliments (plutôt que des carburants)
  • Le droit à l'accès à la terre, à l'eau, aux semences (sans OGM), aux crédits
  • Le droit des consommateurs à pouvoir décider ce qu'ils veulent consommer et comment ils veulent s'approvisionner
  • Le droit des Etats à se protéger contre les importations alimentaires à trop bas prix qui détruisent l'agriculture locale.

Tout cela nous amène à affirmer que la souveraine alimentaire, la remise en place de certaines frontières douanières pour protéger les producteurs, le respect de l'environnement et du droit à l'alimentation, est la seule façon d'arrêter l'exode rural au Nord comme au Sud.