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Catégories : politique, économie, environnement, échanger
Rédacteurs :
Jean-Claude Schwab
Thérèse Schwab
Publication : 12 mai 2010
Mise à jour : 26 septembre 2010

Passer à travers... l'impasse

Résumé de la leçon inaugurale prononcée par le philosophe Patrick Viveret, en 2009, pour le groupe ESA (Ecole Supérieure d'agriculture d'Angers).
Un discours d'une densité exceptionnelle, où chaque mot vaut réflexion pour tous ceux et toutes celles qui veulent rompre avec les gaspillages insensés de notre société de consommation.
Commençant par un état des lieux du monde – avec une dénonciation argumentée de «l'impasse de l'ultra-capitalisme», il se poursuit par un éloge de «la sobriété heureuse», un terme emprunté à l'écologiste Pierre Rahbi.

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1. L'impasse de l’ultra-capitalisme

Nous sommes à la fin d’une civilisation concentrée sur l’économique, qui a donné une place obsédante au financier. Une civilisation qui a produit de la démesure; démesure dans le rapport à la nature, démesure dans le creusement des inégalités sociales, démesure entre économie financière et économie réelle: il y a un décalage abyssal entre l’économie réelle et l’économie spéculative et financière. L'économie réelle, correspondant à des biens et services réels, ne représente que 3% des échanges financiers. L’essentiel des échanges se joue donc dans l’économie spéculative. Le Wall Street Journal avait un jour vendu la mèche à l’occasion du krach de 1987 en écrivant: «Wall Street ne connaît que deux sentiments: l’euphorie ou la panique». Ces émotions extrêmes sont signe d’une maladie, d’une psychose maniaco-dépressive mondiale qui affecte non seulement les cours boursiers, mais aussi la santé humaine.

2. Changer d’R

Au milieu de ces dérèglements, qui nous amènent résolument à la fin d'une ère, Patrick Viveret nous propose de «changer trois fois d'R:

  • changer d'air (le défi écologique),
  • changer d'aire (un nouveau rapport au territoire) et
  • changer d'ère (construire une nouvelle époque historique)».

Nous sortons de trente ans d’obsession dérégulatrice. Ce qui est en train de s’achever sous nos yeux, c’est ce qu’on pourrait appeler le modèle DCD (décédé): Dérégulation, Compétition à outrance et Délocalisation.

Nous voyons bien dans chacun des problèmes touchant le climat ou l’alimentation qu’il y a besoin aujourd'hui de penser régulation. Il y a besoin aussi de penser coopération. Si on reste dans des logiques de compétition, on va tous s’effondrer ensemble. Toutefois, on commence maintenant à parler de relocalisation. Pas de la relocalisation autarcique, fermée, mais de la relocalisation ouverte, qui donne au développement local son plein sens et qui arrête la folie des tomates et des fraises qui se baladent dix mille kilomètres avant d’arriver dans notre assiette.

3. La lucidité espérante, ou encore la simplicité heureuse

Nous ne pouvons affronter avec lucidité les risques, que si nous appliquons en même temps le principe d’espérance. Il nous faut absolument croire à un avenir possible pour l’humanité et aussi imaginer un avenir désirable, qui ne se limiterait pas à l’objectif minimaliste d’assurer la seule survie biologique de l’humanité.

Nous devons penser l’humanité comme un chemin capable de grandir pour sortir de sa maladie et capable de passer d’un amour glouton, d’un amour possession à une capacité de reconnaissance d’autrui. Il nous faut donc sortir positivement du couple excitation/dépression omniprésent et construire un autre couple qui est au cœur même de ce que les traditions séculaires de sagesse nous ont toujours dit, le couple intensité/sérénité.

4. Rechercher la joie de vivre

Que proposer à la place de l’excitation que nous procure la possession et la consommation? Il s’agit de trouver une joie de vivre qui soit liée à une autre source que celle de la consommation, il s’agit de trouver, dans l’acceptation des limites, d’autres modèles de progression que la compétition.

Quand j’accepte de ne pas tout vivre, quand j’apprends à conjuguer intelligence du corps et intelligence du cœur, quand je deviens capable de m’orienter vers d’autres sources de plénitude que la consommation, je commence à redécouvrir l’intensité et la sérénité. Être pleinement là et savourer le moment présent, cela commence par un geste assez banal, à savoir lever le pied.