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Les aventuriers de l'abondance

Mise à jour : 18 août 2008


"Les aventuriers de l'abondance", Philippe Derudder
Editions Yves Michel - 1999



Philippe Derudder , directeur d’une entreprise de transit maritime au Havre, s’est trouvé obligé de licencier des collaborateurs qui étaient des amis pour rester compétitif. En même temps il s’est confronté aux conditions de travail déplorables des zones franches d’exportation en Asie. Ces événements ont produit chez lui une prise de conscience qui l’ont amené à un changement de cap radical. Son ouvrage « Les aventuriers de l’abondance » est une parabole de son chemin et de sa pensée.

En 1968, à l’âge de 20 ans, au Havre, il entre dans la société de transit maritime familiale. Il la transforme en une société internationale florissante. «C’était l’ivresse des affaires, déclare-t-il. J’avais l’impression de participer à une œuvre humaniste en créant de la richesse dans le monde.» Mais pour prospérer, il faut être compétitif. Donc restructurer. Sous la pression des financiers, il est contraint de licencier des collaborateurs, dont certains anciens qui lui ont appris le métier. C’est la première crise de conscience.

La seconde survient quand il découvre les conditions de travail déplorables dans les zones franches d’exportation en Asie. «Je voyais que c’était grâce à cette exploitation que je pouvais, moi, faire des profits en Europe.» Le credo capitaliste, selon lequel l’accroissement des richesses bénéficie au plus grand nombre, s’effondre. Et lui broie du noir, se sent en porte-à-faux total avec ses valeurs.
Une question l’obsède: «Pourquoi y a-t-il tant de mal-être personnel et d’injustices dans nos sociétés, alors que nous disposons de tant de richesses et de moyens ?»
Il donne sa démission, au risque de devenir SDF et de connaître le manque, il se met dans une quête de sens. En même temps il étudie les mécanismes qui sont à la base du capitalisme. Aujourd’hui il est l’artisan d’un mouvement citoyen qui a donné naissance à ce qu’on appelle les Ecovillages, il organise des séminaires et écrit des livres, dont Les chevaliers de l’abondance.

Il comprend que l’être humain a, tout au long de son histoire, développé une conscience de pénurie pour survivre. Avant l’industrialisation, le pain quotidien était la préoccupation première. En travaillant de l’aurore à la nuit on arrivait juste à nourrir les bouches de la famille et le moindre accroc pouvait être fatal. Après 1945, avec les progrès technologiques et le développement industriel, la production se décuple, le travail devient plus léger, le confort, la richesse augmentent et nous entrons dans un contexte d’abondance dans les pays dits développés.

Mais la peur du manque a marqué les consciences au fer rouge. Le capitalisme libéral a été fondé sur une logique de rareté, à une époque où l’humanité n’arrivait pas à subvenir aux besoins de tous. Cette peur du manque crée un système économique basé sur la compétition avec les autres qui représentent dès lors un danger. Au lieu de chercher une juste répartition des biens, chacun cherche à réaliser égoïstement un profit maximum au détriment des plus faibles. Le système économique crée artificiellement une pénurie d’argent qui empêche toute une part de l’humanité d’accéder aux biens qui existent.

Le nerf de la guerre se trouve autour de la notion de Profit. Cette notion a été définie au début du siècle passé par une nouvelle discipline : l’économie politique. Cela s’illustre par le système comptable des entreprises qui calcule les Pertes et Profits. Dans la comptabilité, nous avons deux colonnes

Doit
Débit
-

Salaires
Valeur des marchandises utilisées

Avoir
Crédit
+

Valeur des produits vendus
Recettes

Et le Profit est la différence entre les 2 colonnes. Donc ce qui est considéré comme profit, c’est la marge de bénéfice que le producteur réalise par l’activité de l’entreprise. Ce faisant, le travail des hommes, et le prix des matières premières sont considérés comme des Pertes. D’où la volonté de réduire les salaires au minimum et la pression sur les prix des matières premières.

La priorité donnée au profit de la classe dirigeante justifie les restructurations, la mise au chômage, la délocalisation d’entreprises vers des pays où les travailleurs ne sont pas sous la protection de la loi sur le travail et peuvent être exploités en toute impunité. C’est elle qui oriente la recherche sur les maladies qui rapportent et fait oublier celles qui sont rares. C’est elle qui incite à investir des montagnes de capitaux dans l’alimentation de nos chiens et chats qui représentent un marché juteux et fait « regretter » notre impuissance à nourrir tous les enfants du monde. C’est elle qui justifie l’exploitation des réserves d’énergie non-renouvelables et provoque la détérioration de l’environnement. La toute-puissance du capital justifie tous les égoïsmes.

Pour Philippe Derudder, le vrai changement ne viendra pas d’en haut, ni de l’Etat, ni de l’économie privée, mais d’en bas: «C’est à l’individu de reprendre son pouvoir en s’associant avec d’autres.»
Les écovillages sont un exemple intéressant de cette capacité de rétablir un ordre plus juste.

En faisant l’effort de comprendre le fonctionnement de notre monde, nos pieds sont sur la terre. Mais nous serions sans espérance, si nous n’avions pas des racines qui vont puiser en profondeur, à une source cachée qui est à l’ origine de la vie.

Thérèse Schwab